Billets

28. août, 2020

Marylin Maeso, « Les conspirateurs du silence » , 

Paris, Ed. de l’Observatoire, 2018, 172p.

Normalienne, agrégée de philosophie, cette jeune trentenaire s’est déjà fait connaitre lors d’interventions d’émissions radios et TV. Marilyn Maeso se revendique haut et fort de la pensée camusienne : « Nous étouffons parmi les gens qui croient avoir absolument raison, que ce soit dans leurs machines ou dans leurs idées. Et pour tous ceux qui ne peuvent vivre que dans le dialogue et  dans l’amitié des hommes, ce silence est la fin du monde ». En affichant cet extrait d’Actuelles « Le siècle de la peur » en exergue de cet ouvrage, la référence à Albert Camus est actée. Du coup la problématique annoncée dans le titre de ce livre s’éclaire !

Nous ne pouvons pas passer « sous silence ! » le fait que ce premier ouvrage de Marylin Maeso est publié dans la collection « La Relève » dirigée par la marraine de « Tarbes en Philo » : Adèle Van Reeth !

 « Ce n’est pas par hasard  si on ne peut plus rien dire » : pour la philosophe cette formule est souvent celle des intervenants que l’on entend le plus dans les médias entre autres, premier paradoxe selon elle ! C’est la raison pour laquelle Marilyn Maeso consacre de nombreuses pages au fonctionnement du réseau Twitter. D’entrée de jeu elle en estime qu’on peut « tout à fait s’engueuler, sans cesser de se respecter ». Pour l’auteure cette mise en tension trouve toute une expression, surprenante, dans l’étude critique qu’elle effectue longuement sur les travaux de Houria Boutelja. La philosophe ne conteste pas la cohérence des propos tenus par ce leader des « Indigènes de la République ». Par contre, Marilyn Maeso contre argumente, pieds à pieds, suivant la cohérence du philosophe qui doute… Il s’agit bien de  « casser le miroir des certitudes » pour retrouver le sens du dialogue : « Je suis pour la pluralité des positions. Es-ce qu’on peut adhérer au parti de ceux qui  ne sont pas surs d’avoir raison ? Ce serait le mien. Dans tous les cas, je n’insulte pas ceux qui ne sont pas avec moi. » Albert Camus. Via cette approche critique des « Indigènes de la République », Marilyn Maeso nous propose d’entrer dans le monde de l’essentialisme : le primat de l’essence sur l’existence, de l’inné sur l’acquis… Un questionnement contemporain de thèses qui reviennent sur le devant de la scène. Celles-ci furent  développées, entre autres, par Platon et Saint Augustin en leur temps. Thèses « radicalistes » qui conduisent aujourd’hui à déboulonner les statues car on ne met plus en cohérence les situations complexes dans leurs contextes historiques....

Marilyn Maeso propose de belles pages pour une lecture philosophique actualisée de nombreux philosophes (Socrate, Platon, Nietzche, Bachelard, Bergson, Sartre…) afin d’analyser, de relativiser les dérives actuelles des réseaux sociaux. A partir de sa connaissance et surtout de sa pratique de Twitter, l’auteure fait une fois de plus appel à Camus pour étudier « la violence confortable » impulsée par ce mode de communication. En effet Camus souligne « … je ne dis donc point qu’il faut supprimer toute violence, ce qui serait souhaitable, mais utopique en effet. Je dis seulement qu’il faut refuser toute légitimation de la violence, que cette légitimation vienne d’une raison d’Etat absolue ou d’une philosophie totalitaire ». Marilyn Maeso est consciente que l’on ne peut pas forcément débattre de tout avec tout le monde. Pour autant, les propos contenus dans cet ouvrage sont des appels constants aux débats contradictoires garants de la démocratie ! 

La bibliographie et surtout la sitographie de bas de page est pour les plus anciens d’entre nous une nouveauté assumée qui inscrit cet essai dans son temps… Les citations d’articles d’actualité, les citations de personnalités contemporaines, apparaissent sous leurs références numériques… Dans le même esprit, Marilyn Maeso ouvre une réflexion sur l’épistémologie scientifique, sujet d’actualité. Partant des travaux originaux du philosophe François Dagonet (1924-2015) sur l’histoire mouvementée et complexe de la classification du vivant (botanique, zoologie…), Marilyn Maeso nous interroge, à la suite de Karl Popper (1902-1994), philosophe des sciences, sur la « falsifiabilité » d’une théorie …

Au-delà  des polémiques stériles, des procès bâclés… de la conformité silencieuse… Marilyn Maeso nous entraine dans une critique des faits et actes de notre monde actuel. S’appuyant sur ses acquis philosophiques, elle nous invite à décrypter les paradoxes qui inondent notre quotidien. Il n’y a pas que le titre qui soit attractif « Les conspirateurs du silence », la nature de cet essai, imprégné de constats actuels, est de l’ordre de L’Education Populaire, abordable pour le plus grand nombre. De mon point de vue, il entre aisément dans la bibliothèque de l’autodidacte curieux !

 

 

 

14. juin, 2020

Je suis de ceux qui apprécient les interventions radiophoniques et télévisuelles de cette philosophe hors normes… En entrant dans la lecture de cet essai, je ne suis pas déçu… Mon courage fut mis à l’épreuve. Au cours de cette lecture j’ai souvent failli chuter face aux multiples références littéraires et philosophiques présentées par l’auteure. Des connaissances qui me sont souvent très imparfaites, insuffisantes et même inconnues. Au final je ne suis pas déçu car j’ai retrouvé tout au long des pages toute la vitalité nécessaire pour assouvir ma curiosité et mon apprentissage continu du champ philosophique.  

Très vite on s’interroge : pour quelle raison Cynthia Fleury n’a-t-elle pas mis de point d’interrogation au titre de cet ouvrage ?  La philosophe précise qu’en explorant la fin du courage nous entrons dans une « épreuve initiatique politique et morale… sans incertitude… », en connaissant « les affres d’un tel parcours… celui du découragement profond… »

Effectivement nous affrontons un rendez-vous secret entre le courage et la peur. Cynthia Fleury clarifie le sens de cette recherche « vivre la peur devient la maxime du courage. Vivre la peur, et là aussi, se tenir à côté. Aristote, dans son examen du courage, va plus loin et aime à distinguer le vrai du faux courage. ». Naturellement cette philosophe convoque nombre d’entre eux tout au long de cet essai,  Bachelard, Jankélévitch, Nietzche mais aussi Sartre et Arendt entre autres… De plus, en sa qualité de psychanalyste, Michel Foucauld est omniprésent. Pour ma part j’ai retrouvé avec plaisir Montaigne « Etre courageux devient alors l’autre versant d’une sagesse » et surtout Camus : « Seul celui qui éprouve et l’effort de Sisyphe et la peur du diable est courageux. » Avec surprise de ma part, Cynthia Fleury convoque longuement Victor Hugo qui, pour elle, « n’est pas le poète retiré des affres du monde. Il est  celui qui a affronté tous les « dires vrais », parrèsiastiques, politico-poétiques. »Chemin faisant j’ai découvert le vocable « parrèsiaste » qui, en philosophie, est celui ou celle qui pratique la libre parole, le franc-parler…

La version initiale de la « Fin du courage » est parue en 2011. Dans  les nombreuses pages consacrées à la politique du courage Cynthia Fleury aborde  l’éthique du politique qui pour elle est « l’incomplétude de la justice et du courage ». La question du populisme est très présente  dans cet essai. La philosophe explicite son propos « la parrasêstia n’est pas affaire de communication, elle relève de l’adoxia. Autrement dit, elle prend le risque de déplaire (et non pas de plaire en déplaisant ou en provoquant, voie de la communication polémique à tendance blasphématoire et populiste) » De belles pages sont consacrées par Cynthia Fleury pour étayer « l’électoralisme ou la forfaiture du courage ». Une thèse développée à partir des travaux de Victor Hugo (œuvres complètes singulièrement les pages consacrées à  « Napoléon le petit ») fervent défenseur du suffrage universel. Pour Cynthia Fleury « L’étude du courage politique et moral se présente comme un enjeu révélateur dans la mesure où il dit la norme par son absence et sa rareté et l’exceptionnalité par sa concrétisation. L’étudier participe d’une théorie éthique plus globale.

Née en 1974, Cynthia Fleury est psychiatre de formation, titulaire de la chaire de philosophie à l’Hôtel Dieu à Paris (une première) et professeure titulaire de la chaire Humanités et santé au Conservatoire National des Arts et Métiers. « Face à la falsification du courage : la fin du peuple et le déshonneur des élites ? » sujet d’une cruelle actualité on peut appréhender la question sur les sociétés de défiance qui sont des sociétés du déshonneur. Cynthia Fleury fait appel aux travaux de Michel Foucault pour montrer que la franchise et la sincérité de l’être humain ne se réfèrent pas seulement à des qualités psychologiques mais également à des dimensions politiques. Pour cela il convient d’interroger le rapport entre démocratie et vérité mais également la question éthique à partir du moi, du soi et de la vérité… Du coup on comprend aisément que Cynthia Fleury cite Camus, lors de son éditorial courageux de Combat, le 22 août 1944 : « Nous ne sommes pas des hommes de haine. Mais il faut bien que nous soyons des hommes de justice (…). Il n’y a pas deux politiques, il n’en est qu’une et c’est celle qui engage, c’est la politique de l’honneur. » Cynthia Fleury conclue : « Car si l’homme téméraire est toujours solitaire, l’éthique collective du courage est seule durable ». 

10. mai, 2020

 Le philosophe cherche sans répit ce qui est et pas seulement ce que l’on croit…  la pandémie actuelle nous renvoie à l’étude du paradoxe vécu par Socrate : condamné à mort par les hommes, il se suicide de son propre fait !  A l’issue d’une existence bien pleine, comment continuer à apprendre à vivre face à la tragédie provoquée par cette attaque virale sournoise ? Comment être lucide vis à vis de la tragédie environnementale qui nous attend ? « Le pessimisme de l’intelligence » nous invite, selon Socrate, à toujours  « philosopher pour apprendre à mourir ». Nous sommes conscients que plus nous entrons dans la vieillesse, plus la possibilité d’un temps retrouvé s’estompe ! Es-ce que pour nombre d’entre nous la philosophie, ce vagabondage intellectuel qui accompagne toute existence, va-t-elle nous permettre cette mobilisation de nos neurones face à l’affaiblissement de nos capacités immunitaires ?

Nietzsche va-t-il nous permettre d’oser chanter la joie de l’incertitude pour les jours à venir mais surtout pour les générations qui nous suivent ? Une sagesse philosophique nécessaire pour entrer dans des projets durables conformes à nos existences vécues et à nos pensées fortifiées au fil des ans. Avec ce philosophe nous entrons dans des dynamiques paradoxales qui alimentent chacune de nos vies. D’un côté, nous glorifions l’Individu, le Grand Homme qui permet d’atteindre le tragique, la mort en l’occurrence… En même temps, et on le constate aisément aujourd’hui, comment l’individu, l’esprit libre, peut-il s’affranchir du Milieu dans lequel il baigne, la Mode promu par des réseaux sociaux, des enquêtes d’opinion, le Moment présent anxiogène ? (Comment prendre de la distance avec ces « 3 M » chers à la pensée de Nietzsche). A tout âge nous avons besoin de cette énergie intrinsèque pour finaliser notre essence de vie. Comment transmettre aux plus jeunes ces pulsions joyeuses pour affronter chacune de leur vie à venir par le dépassement de soi ?

 

Nietzsche nous invite à un retour aux fondamentaux constitutifs de notre personnalité et ce, sans doute, en totale opposition avec les thèses « modernistes » du développement personnel dispensées par des coaches, maîtres à penser, tenants du « lâcher prise » ; un nihilisme dangereusement passif. Nouveau paradoxe pour ce philosophe considéré comme l’un des pères de la psychologie du XXème siècle… Pour Nietzsche une volonté de se surmonter par le courage qui permet à l’homme d’accéder à sa propre éternité. Du coup ses écrits sont ceux d’un éducateur qui résiste à son propre enseignement pour libérer l’élève pour qu’il accède à son vrai moi. De plus l’éducateur donne envie à l’élève de se libérer de l’emprise du maître afin d’apprendre tout au long de la vie : Nietzsche, un précurseur de l’Education permanente tout au long de la vie et ce jusqu’au dernier jour ?

 

Entre l’inné et l’acquis, une conviction : nous sommes surtout imprégnés d’une culture liée à des apprentissages construits au fil du temps. L’accès aux données mondialisées augmente, de façon exponentielle nos connaissances, avec l’aide des contenus des centres serveurs multiples et variés, contenus  bien supérieurs à ceux du « petit Larousse » de mon enfance ! L’emmagasinement de nouvelles connaissances nécessite une vigilance accrue. La pratique philosophique nous invite à prendre de la distance sur la  place prépondérante donnée aux apparences, aux fantasmes qui cachent les réalités… La pandémie actuelle nous alerte pour montrer que la société, du local au mondial, existe réellement ! Conserver jusqu’à son dernier souffle l’esprit critique pour tout à la fois s’indigner et s’émerveiller. Rester attentifs à de nouvelles approches culturelles comme une « slow culture » naissante, proche des préoccupations du plus grand nombre, complémentaire de cette culture cultivée, cette inaccessible étoile pour ma génération !  

La philosophie n’est ni la Politique, ni la Science, mais, en même temps, elle aide, depuis la nuit des temps, à se connaitre et contribuer à la recherche d’un meilleur contrôle de soi. Chemin faisant, une connaissance améliorée de notre moi individuel nous conduit à une approche plus collective du devenir de notre humanité.  La Science nous aide à mieux mesurer nos forces et nos faiblesses… Les politiques, pour leur part, se doivent d’assumer la gestion de notre relation au vivant, aux écosystèmes naturels et à leur diversité biologique. Une responsabilité incommensurable individuelle et collective pour faire face aux enjeux planétaires qui attendent l’homme. La philosophie des lumières, entre autres, nous invite à garder le cap de la Raison ! Comme Spinoza « avec fermeté j’entends le désir par lequel on s’efforce de conserver son être d’après le seul commandement de la raison». De plus convaincu par ce philosophe que « par générosité j’entends le désir par lequel on s’efforce, d’après le seul commandement de la raison, d’aider les autres et de s’unir à eux par amitié ».

Pour conclure cette ode à la vie, dans cette période angoissante, singulièrement pour les plus anciens d’entre nous, j’ai découvert cette phrase d’Etty Hillesum, née en 1914, jeune juive néerlandaise décédée au camp de concentration d’ Auschwitz en 1943 : « En excluant la mort de sa vie, on ne vit pas à plein et en accueillant la mort au cœur de sa vie, on s’élargit et on enrichit sa vie. »

28. mars, 2020

En cette période où se croisent les peurs individuelles et les peurs collectives, les philosophes peuvent-ils nous aider à conserver notre lucidité pour affronter les défis à venir pour notre société occidentale et, certainement, pour l’ensemble de la planète ?

Dans cet ouvrage écrit avant l’actuelle pandémie du Coronavirus, André Comte-Sponville (né en 1952) nous propose une méthodologie à visée philosophique pour « penser »  analyser cette crise… à partir d’événements effrayants, insupportables… « Cela guérit, parfois, de la déception comme de la peur. Le réel est à prendre ou à laisser. La philosophie aide à prendre. Mieux vaut penser que se lamenter. Mieux vaut agir que trembler. »

Pour cela le philosophe nous propose « cent Propos » construits selon le sens donné par le philosophe Alain (1868-1951) à ce mot. (Ce sont de courts articles, inspirés par l'actualité et les événements de la vie de tous les jours, au style concis et aux formules frappantes). Les chroniques proposées ici par Comte-Sponville ont été publiés, pour la plupart, dans la revue « Challenges » et dans la revue du « Monde des religions » depuis 2008. Dans ces Propos nous sommes face à une réflexion sur les faits et gestes de notre monde contemporain avec une double entrée : l’une à dominante économique et l’autre traitant de spiritualité. Pour lutter contre la peur, Comte-Sponville prend partie pour dissocier ce qui est de l’ordre individuel et de la demande collective afin de mieux gérer nos angoisses « …quand au bonheur individuel, chacun sait qu’il dépend moins de la richesse matérielle, tant qu’on est pas dans la misère, que de biens non marchands : la santé, la liberté, l’amour, la famille les relations sociales ou professionnelles, l’estime de soi, la reconnaissance, la culture, la sagesse ou la spiritualité… l’Etat dans ces domaines ne peut rien garantir. » selon la formule de l’activiste, écrivain, philosophe, Benjamin Constant (1767-1830) « Que l’Etat se borne à être juste, nous nous chargerons d’être heureux »

Le Propos : « Morale et Politique » nous invite à prendre des distances sur les affaires politiques récentes… cela est encore plus vrai face à l’épidémie du covid 19. Si notre action est éclairée par un ensemble de règles et de principes, pour autant, comment effectuer des choix éclairés par rapport à des sollicitations contradictoires.  Comte-Sponville propose : « … nous avons besoin de la politique –c'est-à-dire de nous tous, collectivement et conflictuellement organisés- pour combattre, ensemble, les causes objectives de malheur, pour la plupart qui dépend de nous : la misère, l’oppression, l’injustice, la violence l’insécurité, le racisme le fanatisme… »

A Tarbes lors des sessions de « Tarbes en Philo » nous avons eu la chance de recevoir successivement deux philosophes fortement opposés politiquement : Luc Ferry (né en 1951) et Alain Badiou (né en 1937) (cf site Reliance en Bigorre). Comte-Sponville souligne cette nécessité du débat intellectuel rappelant les « bagarres » entre Bergson (1849-1951) et Alain ; Aron (1905-1983) et Sartre (1905-1980) ; Revel (1924-2006) et Althusser (1918-1990)… car même si tout semble les opposer ce n’est pas parce que ces philosophes « manqueraient d’intelligence et de cœur ». De plus le philosophe s’interroge dans un autre Propos sur « Le Prix d’un homme ». Comment ne pas confondre économie et morale ? Vaste sujet «  tous les êtres humains sont égaux en droit et en dignité, mais point en compétence, en talent, en efficacité, en créativité, en responsabilité. » Et en même temps notre « terre-mère », autre propos, nous impose de nouvelles exigences humanistes qui feront appel à plus de science, de technique, de progrès « et non de ne je ne sais quelle nostalgie d’une nature prétendument maternelle qui déclenche aveuglément les tremblements de terre et les tsunamis », le Covid 19 pouvons-nous ajouter ! Par rapport à la croissance Comte-Sponville précise : « nous sommes des enfants avides. Ne comptons pas sur la croissance pour nous empêcher de grandir »

Ce bref exposé est une invitation à vous procurer cet ouvrage que l’on peut feuilleter à sa convenance pour approfondir l’un des sujets proposés dans une large palette concernant les faits et les idées qui secouent notre monde contemporain : de la crucifixion à la méditation ; du cannabis, aux miracles ; des tentations à la guerre juste ; de Bouddha au syndrome d’Astérix ; de Platon (Vème siècle av. JC) à la troïka…)…. « Pessimisme et optimisme » ce Propos souligne un credo collectif actuel : « la France va mal ». Trop de trop : chômage, tensions, haines, mensonges, illusions… et surtout trop de peurs ! Pour faire face, individuellement et collectivement, comment gérer cela, ici et maintenant : « le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de la volonté » une proposition formulée en son temps par le philosophe et théoricien politique italien Gramsci (1891-1937)!

Aujourd’hui on redécouvre violemment la question de la crainte de la mort : La plus grande des peurs ? Avant cette lecture sur cette question de la mort j’essayais de me situer entre deux écoles de pensées philosophique : Platon pour apprendre à mourir il faut philosopher et surtout Spinoza (1632-1677) qui nous convie à méditer sur la vie plus que sur la mort. Pour sa part Comte-Sponville nous suggère une phrase de Montaigne (1533-1592) au centre de que l’on peut, de mon point de vue, aisément s’approprier pour vaincre cette peur  : « Je veux qu’on agisse, et qu’on allonge les offices de la vie tant qu’on peut ; et la mort me trouve plantant mes choux, mais nonchalant d’elle, et encore plus de mon jardin imparfait » Comte-Sponville ajoute qu’il aime à relire cette phrase et même la réciter » comme on fait d’un poème ou d’un mantra. »

12. févr., 2020

Aujourd’hui, comme toujours, le bonheur est un concept paradoxal… A en croire la vox populi, le monde en général, la France en particulier, seraient voués au malheur… Le malheur social, environnemental… serait consubstantiel à notre vie quotidienne… le bonheur une inaccessible étoile ? Suivant des philosophes contemporains comme Robert Misrahi (né en 1926) « la philosophie se consacre à des études formelles sur le langage et sur la connaissance, à moins que, se voulant concrète, elle ne se complaise parfois dans la description de ce qu’elle appelle le tragique. »

Frédéric Lenoir (né en 1962) nous convie à un voyage philosophique, d’Epicure (341/342 av. JC – 270 av. JC) à Compte Sponville (né en 1952), en s’attardant chez Montaigne (1533-1592), Spinoza (1632-1677), sans oublier Bouddha (environ VIème siècle av. JC) ou Tchouang-Tseu (environ 369-286 av. JC) ! Du coup nous empruntons un itinéraire dans le temps et les espaces qui nous entrainent à la rencontre aisée avec des philosophes bienveillants sur la question du bonheur. De plus nous bénéficions de nouveaux apprentissages pour étudier des philosophes qui nous font découvrir les voies de la sagesse… « Les deux objectifs visés par la sagesse stoïcienne (301 av. JC) sont la tranquillité de l’âme (ataraxia) et la liberté intérieure (autarkeia) ». Lors de ce périple nous découvrons  un poème de Lao-Tseu (milieu VIème siècle - milieu Vème siècle av. JC.) qui nous convie à la réflexion :

« Ce n’est pas ton œil qui pourrait le voir

Son nom est sans forme

Ce n’est pas ton ouïe qui pourrait l’entendre

Son nom est sans bruit

Ce n’est pas ta main qui pourrait le prendre

Son nom est sans corps

Triple qualité insondable

Et qui se fond dans l’unité »

Le bonheur ne se décrète pas, il se cherche dans un constant déséquilibre ! Dans cet ouvrage les références à Montaigne sont, de loin, les plus nombreuses. Je suis de ceux qui ont apprécié les travaux d’Antoine Compagnon (né en 1950) à propos  de l’œuvre de Montaigne qui souligne l’idée suivante : « une image dit son rapport au monde : celle de l’équitation, du cheval sur lequel le cavalier garde son équilibre, son assiette précaire. L’assiette voila le mot prononcé. Le monde bouge, je bouge : à moi de trouver mon assiette dans ce monde. » De Bouddha à Matthieu Ricard (né en 1946) il n’y a qu’un pas que Frédéric Lenoir franchit avec délectation… Nous l’avons constaté Les références philosophiques de l’auteur nous conduisent aussi sur les chemins de la méditation  pour « vibrer avec notre être profond ». En même temps, Au moment où la civilisation occidentale est bousculée, n’avons-nous pas obligation à retrouver, avec force et vigueur, la raison critique. Cette doctrine stoïcienne qui montrait déjà que : 1 : le monde est Un (matière, esprit, divin…) 2 : le monde est rationnel (logos) ; 3 : existence d’une causalité universelle fixant le destin de tous les individus ; 4 : en conséquence une nécessité d’adhérer à un ordre cosmique, l’acceptation de ce qui est…. Selon Frédéric Lenoir, suivons Epictète « n’attend pas que les événements arrivent comme tu le souhaites, décide de vouloir ce qui t’arrive et tu seras heureux. »

De belles pages sont proposées pour tenter de comprendre que le bonheur individuel et le bonheur collectif sont corrélés. Singulièrement, pour étayer ce propos,  Frédéric Lenoir s’appuie, également sur une étude sociologique conduite à l’Université d Harvard en 2008 auprès de 5000 individus. Suivant les résultats de cette recherche, la contagion du bonheur serait une réalité « chaque ami heureux augmente de 9% notre probabilité d’être heureux… tandis que chaque ami malheureux fait chuter notre capital de bonheur de 7% »… Le malheur est aussi contagieux !

Frédéric Lenoir prend partie, et, semble-t-il, soucieux de  rechercher le bonheur en s’appuyant sur ses acquis philosophiques. Il conclut ainsi cet ouvrage en se référant  au mot grec : eudaimôn, heureux se dit simplement eu (en accord) avec daimôn (génie, divinité). « être heureux pour les grecs signifie avant tout être en accord avec notre bon génie ou avec la part de divin qui est en nous. Je dirais : vibrer avec notre être profond » On l’a compris avec ce voyage philosophique,  Frédéric Lenoir nous invite à progresser même si notre destination est mouvante afin de répondre aux aspirations les plus profondes de notre être ! 

En conclusion je ne résiste pas à citer Albert Camus (1913-1960) : « Qu’est-ce que le bonheur sinon le simple accord entre un être et l’existence qu’il mène ? »