Billets

14. juin, 2020

Je suis de ceux qui apprécient les interventions radiophoniques et télévisuelles de cette philosophe hors normes… En entrant dans la lecture de cet essai, je ne suis pas déçu… Mon courage fut mis à l’épreuve. Au cours de cette lecture j’ai souvent failli chuter face aux multiples références littéraires et philosophiques présentées par l’auteure. Des connaissances qui me sont souvent très imparfaites, insuffisantes et même inconnues. Au final je ne suis pas déçu car j’ai retrouvé tout au long des pages toute la vitalité nécessaire pour assouvir ma curiosité et mon apprentissage continu du champ philosophique.  

Très vite on s’interroge : pour quelle raison Cynthia Fleury n’a-t-elle pas mis de point d’interrogation au titre de cet ouvrage ?  La philosophe précise qu’en explorant la fin du courage nous entrons dans une « épreuve initiatique politique et morale… sans incertitude… », en connaissant « les affres d’un tel parcours… celui du découragement profond… »

Effectivement nous affrontons un rendez-vous secret entre le courage et la peur. Cynthia Fleury clarifie le sens de cette recherche « vivre la peur devient la maxime du courage. Vivre la peur, et là aussi, se tenir à côté. Aristote, dans son examen du courage, va plus loin et aime à distinguer le vrai du faux courage. ». Naturellement cette philosophe convoque nombre d’entre eux tout au long de cet essai,  Bachelard, Jankélévitch, Nietzche mais aussi Sartre et Arendt entre autres… De plus, en sa qualité de psychanalyste, Michel Foucauld est omniprésent. Pour ma part j’ai retrouvé avec plaisir Montaigne « Etre courageux devient alors l’autre versant d’une sagesse » et surtout Camus : « Seul celui qui éprouve et l’effort de Sisyphe et la peur du diable est courageux. » Avec surprise de ma part, Cynthia Fleury convoque longuement Victor Hugo qui, pour elle, « n’est pas le poète retiré des affres du monde. Il est  celui qui a affronté tous les « dires vrais », parrèsiastiques, politico-poétiques. »Chemin faisant j’ai découvert le vocable « parrèsiaste » qui, en philosophie, est celui ou celle qui pratique la libre parole, le franc-parler…

La version initiale de la « Fin du courage » est parue en 2011. Dans  les nombreuses pages consacrées à la politique du courage Cynthia Fleury aborde  l’éthique du politique qui pour elle est « l’incomplétude de la justice et du courage ». La question du populisme est très présente  dans cet essai. La philosophe explicite son propos « la parrasêstia n’est pas affaire de communication, elle relève de l’adoxia. Autrement dit, elle prend le risque de déplaire (et non pas de plaire en déplaisant ou en provoquant, voie de la communication polémique à tendance blasphématoire et populiste) » De belles pages sont consacrées par Cynthia Fleury pour étayer « l’électoralisme ou la forfaiture du courage ». Une thèse développée à partir des travaux de Victor Hugo (œuvres complètes singulièrement les pages consacrées à  « Napoléon le petit ») fervent défenseur du suffrage universel. Pour Cynthia Fleury « L’étude du courage politique et moral se présente comme un enjeu révélateur dans la mesure où il dit la norme par son absence et sa rareté et l’exceptionnalité par sa concrétisation. L’étudier participe d’une théorie éthique plus globale.

Née en 1974, Cynthia Fleury est psychiatre de formation, titulaire de la chaire de philosophie à l’Hôtel Dieu à Paris (une première) et professeure titulaire de la chaire Humanités et santé au Conservatoire National des Arts et Métiers. « Face à la falsification du courage : la fin du peuple et le déshonneur des élites ? » sujet d’une cruelle actualité on peut appréhender la question sur les sociétés de défiance qui sont des sociétés du déshonneur. Cynthia Fleury fait appel aux travaux de Michel Foucault pour montrer que la franchise et la sincérité de l’être humain ne se réfèrent pas seulement à des qualités psychologiques mais également à des dimensions politiques. Pour cela il convient d’interroger le rapport entre démocratie et vérité mais également la question éthique à partir du moi, du soi et de la vérité… Du coup on comprend aisément que Cynthia Fleury cite Camus, lors de son éditorial courageux de Combat, le 22 août 1944 : « Nous ne sommes pas des hommes de haine. Mais il faut bien que nous soyons des hommes de justice (…). Il n’y a pas deux politiques, il n’en est qu’une et c’est celle qui engage, c’est la politique de l’honneur. » Cynthia Fleury conclue : « Car si l’homme téméraire est toujours solitaire, l’éthique collective du courage est seule durable ». 

10. mai, 2020

 Le philosophe cherche sans répit ce qui est et pas seulement ce que l’on croit…  la pandémie actuelle nous renvoie à l’étude du paradoxe vécu par Socrate : condamné à mort par les hommes, il se suicide de son propre fait !  A l’issue d’une existence bien pleine, comment continuer à apprendre à vivre face à la tragédie provoquée par cette attaque virale sournoise ? Comment être lucide vis à vis de la tragédie environnementale qui nous attend ? « Le pessimisme de l’intelligence » nous invite, selon Socrate, à toujours  « philosopher pour apprendre à mourir ». Nous sommes conscients que plus nous entrons dans la vieillesse, plus la possibilité d’un temps retrouvé s’estompe ! Es-ce que pour nombre d’entre nous la philosophie, ce vagabondage intellectuel qui accompagne toute existence, va-t-elle nous permettre cette mobilisation de nos neurones face à l’affaiblissement de nos capacités immunitaires ?

Nietzsche va-t-il nous permettre d’oser chanter la joie de l’incertitude pour les jours à venir mais surtout pour les générations qui nous suivent ? Une sagesse philosophique nécessaire pour entrer dans des projets durables conformes à nos existences vécues et à nos pensées fortifiées au fil des ans. Avec ce philosophe nous entrons dans des dynamiques paradoxales qui alimentent chacune de nos vies. D’un côté, nous glorifions l’Individu, le Grand Homme qui permet d’atteindre le tragique, la mort en l’occurrence… En même temps, et on le constate aisément aujourd’hui, comment l’individu, l’esprit libre, peut-il s’affranchir du Milieu dans lequel il baigne, la Mode promu par des réseaux sociaux, des enquêtes d’opinion, le Moment présent anxiogène ? (Comment prendre de la distance avec ces « 3 M » chers à la pensée de Nietzsche). A tout âge nous avons besoin de cette énergie intrinsèque pour finaliser notre essence de vie. Comment transmettre aux plus jeunes ces pulsions joyeuses pour affronter chacune de leur vie à venir par le dépassement de soi ?

 

Nietzsche nous invite à un retour aux fondamentaux constitutifs de notre personnalité et ce, sans doute, en totale opposition avec les thèses « modernistes » du développement personnel dispensées par des coaches, maîtres à penser, tenants du « lâcher prise » ; un nihilisme dangereusement passif. Nouveau paradoxe pour ce philosophe considéré comme l’un des pères de la psychologie du XXème siècle… Pour Nietzsche une volonté de se surmonter par le courage qui permet à l’homme d’accéder à sa propre éternité. Du coup ses écrits sont ceux d’un éducateur qui résiste à son propre enseignement pour libérer l’élève pour qu’il accède à son vrai moi. De plus l’éducateur donne envie à l’élève de se libérer de l’emprise du maître afin d’apprendre tout au long de la vie : Nietzsche, un précurseur de l’Education permanente tout au long de la vie et ce jusqu’au dernier jour ?

 

Entre l’inné et l’acquis, une conviction : nous sommes surtout imprégnés d’une culture liée à des apprentissages construits au fil du temps. L’accès aux données mondialisées augmente, de façon exponentielle nos connaissances, avec l’aide des contenus des centres serveurs multiples et variés, contenus  bien supérieurs à ceux du « petit Larousse » de mon enfance ! L’emmagasinement de nouvelles connaissances nécessite une vigilance accrue. La pratique philosophique nous invite à prendre de la distance sur la  place prépondérante donnée aux apparences, aux fantasmes qui cachent les réalités… La pandémie actuelle nous alerte pour montrer que la société, du local au mondial, existe réellement ! Conserver jusqu’à son dernier souffle l’esprit critique pour tout à la fois s’indigner et s’émerveiller. Rester attentifs à de nouvelles approches culturelles comme une « slow culture » naissante, proche des préoccupations du plus grand nombre, complémentaire de cette culture cultivée, cette inaccessible étoile pour ma génération !  

La philosophie n’est ni la Politique, ni la Science, mais, en même temps, elle aide, depuis la nuit des temps, à se connaitre et contribuer à la recherche d’un meilleur contrôle de soi. Chemin faisant, une connaissance améliorée de notre moi individuel nous conduit à une approche plus collective du devenir de notre humanité.  La Science nous aide à mieux mesurer nos forces et nos faiblesses… Les politiques, pour leur part, se doivent d’assumer la gestion de notre relation au vivant, aux écosystèmes naturels et à leur diversité biologique. Une responsabilité incommensurable individuelle et collective pour faire face aux enjeux planétaires qui attendent l’homme. La philosophie des lumières, entre autres, nous invite à garder le cap de la Raison ! Comme Spinoza « avec fermeté j’entends le désir par lequel on s’efforce de conserver son être d’après le seul commandement de la raison». De plus convaincu par ce philosophe que « par générosité j’entends le désir par lequel on s’efforce, d’après le seul commandement de la raison, d’aider les autres et de s’unir à eux par amitié ».

Pour conclure cette ode à la vie, dans cette période angoissante, singulièrement pour les plus anciens d’entre nous, j’ai découvert cette phrase d’Etty Hillesum, née en 1914, jeune juive néerlandaise décédée au camp de concentration d’ Auschwitz en 1943 : « En excluant la mort de sa vie, on ne vit pas à plein et en accueillant la mort au cœur de sa vie, on s’élargit et on enrichit sa vie. »

28. mars, 2020

En cette période où se croisent les peurs individuelles et les peurs collectives, les philosophes peuvent-ils nous aider à conserver notre lucidité pour affronter les défis à venir pour notre société occidentale et, certainement, pour l’ensemble de la planète ?

Dans cet ouvrage écrit avant l’actuelle pandémie du Coronavirus, André Comte-Sponville (né en 1952) nous propose une méthodologie à visée philosophique pour « penser »  analyser cette crise… à partir d’événements effrayants, insupportables… « Cela guérit, parfois, de la déception comme de la peur. Le réel est à prendre ou à laisser. La philosophie aide à prendre. Mieux vaut penser que se lamenter. Mieux vaut agir que trembler. »

Pour cela le philosophe nous propose « cent Propos » construits selon le sens donné par le philosophe Alain (1868-1951) à ce mot. (Ce sont de courts articles, inspirés par l'actualité et les événements de la vie de tous les jours, au style concis et aux formules frappantes). Les chroniques proposées ici par Comte-Sponville ont été publiés, pour la plupart, dans la revue « Challenges » et dans la revue du « Monde des religions » depuis 2008. Dans ces Propos nous sommes face à une réflexion sur les faits et gestes de notre monde contemporain avec une double entrée : l’une à dominante économique et l’autre traitant de spiritualité. Pour lutter contre la peur, Comte-Sponville prend partie pour dissocier ce qui est de l’ordre individuel et de la demande collective afin de mieux gérer nos angoisses « …quand au bonheur individuel, chacun sait qu’il dépend moins de la richesse matérielle, tant qu’on est pas dans la misère, que de biens non marchands : la santé, la liberté, l’amour, la famille les relations sociales ou professionnelles, l’estime de soi, la reconnaissance, la culture, la sagesse ou la spiritualité… l’Etat dans ces domaines ne peut rien garantir. » selon la formule de l’activiste, écrivain, philosophe, Benjamin Constant (1767-1830) « Que l’Etat se borne à être juste, nous nous chargerons d’être heureux »

Le Propos : « Morale et Politique » nous invite à prendre des distances sur les affaires politiques récentes… cela est encore plus vrai face à l’épidémie du covid 19. Si notre action est éclairée par un ensemble de règles et de principes, pour autant, comment effectuer des choix éclairés par rapport à des sollicitations contradictoires.  Comte-Sponville propose : « … nous avons besoin de la politique –c'est-à-dire de nous tous, collectivement et conflictuellement organisés- pour combattre, ensemble, les causes objectives de malheur, pour la plupart qui dépend de nous : la misère, l’oppression, l’injustice, la violence l’insécurité, le racisme le fanatisme… »

A Tarbes lors des sessions de « Tarbes en Philo » nous avons eu la chance de recevoir successivement deux philosophes fortement opposés politiquement : Luc Ferry (né en 1951) et Alain Badiou (né en 1937) (cf site Reliance en Bigorre). Comte-Sponville souligne cette nécessité du débat intellectuel rappelant les « bagarres » entre Bergson (1849-1951) et Alain ; Aron (1905-1983) et Sartre (1905-1980) ; Revel (1924-2006) et Althusser (1918-1990)… car même si tout semble les opposer ce n’est pas parce que ces philosophes « manqueraient d’intelligence et de cœur ». De plus le philosophe s’interroge dans un autre Propos sur « Le Prix d’un homme ». Comment ne pas confondre économie et morale ? Vaste sujet «  tous les êtres humains sont égaux en droit et en dignité, mais point en compétence, en talent, en efficacité, en créativité, en responsabilité. » Et en même temps notre « terre-mère », autre propos, nous impose de nouvelles exigences humanistes qui feront appel à plus de science, de technique, de progrès « et non de ne je ne sais quelle nostalgie d’une nature prétendument maternelle qui déclenche aveuglément les tremblements de terre et les tsunamis », le Covid 19 pouvons-nous ajouter ! Par rapport à la croissance Comte-Sponville précise : « nous sommes des enfants avides. Ne comptons pas sur la croissance pour nous empêcher de grandir »

Ce bref exposé est une invitation à vous procurer cet ouvrage que l’on peut feuilleter à sa convenance pour approfondir l’un des sujets proposés dans une large palette concernant les faits et les idées qui secouent notre monde contemporain : de la crucifixion à la méditation ; du cannabis, aux miracles ; des tentations à la guerre juste ; de Bouddha au syndrome d’Astérix ; de Platon (Vème siècle av. JC) à la troïka…)…. « Pessimisme et optimisme » ce Propos souligne un credo collectif actuel : « la France va mal ». Trop de trop : chômage, tensions, haines, mensonges, illusions… et surtout trop de peurs ! Pour faire face, individuellement et collectivement, comment gérer cela, ici et maintenant : « le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de la volonté » une proposition formulée en son temps par le philosophe et théoricien politique italien Gramsci (1891-1937)!

Aujourd’hui on redécouvre violemment la question de la crainte de la mort : La plus grande des peurs ? Avant cette lecture sur cette question de la mort j’essayais de me situer entre deux écoles de pensées philosophique : Platon pour apprendre à mourir il faut philosopher et surtout Spinoza (1632-1677) qui nous convie à méditer sur la vie plus que sur la mort. Pour sa part Comte-Sponville nous suggère une phrase de Montaigne (1533-1592) au centre de que l’on peut, de mon point de vue, aisément s’approprier pour vaincre cette peur  : « Je veux qu’on agisse, et qu’on allonge les offices de la vie tant qu’on peut ; et la mort me trouve plantant mes choux, mais nonchalant d’elle, et encore plus de mon jardin imparfait » Comte-Sponville ajoute qu’il aime à relire cette phrase et même la réciter » comme on fait d’un poème ou d’un mantra. »

12. févr., 2020

Aujourd’hui, comme toujours, le bonheur est un concept paradoxal… A en croire la vox populi, le monde en général, la France en particulier, seraient voués au malheur… Le malheur social, environnemental… serait consubstantiel à notre vie quotidienne… le bonheur une inaccessible étoile ? Suivant des philosophes contemporains comme Robert Misrahi (né en 1926) « la philosophie se consacre à des études formelles sur le langage et sur la connaissance, à moins que, se voulant concrète, elle ne se complaise parfois dans la description de ce qu’elle appelle le tragique. »

Frédéric Lenoir (né en 1962) nous convie à un voyage philosophique, d’Epicure (341/342 av. JC – 270 av. JC) à Compte Sponville (né en 1952), en s’attardant chez Montaigne (1533-1592), Spinoza (1632-1677), sans oublier Bouddha (environ VIème siècle av. JC) ou Tchouang-Tseu (environ 369-286 av. JC) ! Du coup nous empruntons un itinéraire dans le temps et les espaces qui nous entrainent à la rencontre aisée avec des philosophes bienveillants sur la question du bonheur. De plus nous bénéficions de nouveaux apprentissages pour étudier des philosophes qui nous font découvrir les voies de la sagesse… « Les deux objectifs visés par la sagesse stoïcienne (301 av. JC) sont la tranquillité de l’âme (ataraxia) et la liberté intérieure (autarkeia) ». Lors de ce périple nous découvrons  un poème de Lao-Tseu (milieu VIème siècle - milieu Vème siècle av. JC.) qui nous convie à la réflexion :

« Ce n’est pas ton œil qui pourrait le voir

Son nom est sans forme

Ce n’est pas ton ouïe qui pourrait l’entendre

Son nom est sans bruit

Ce n’est pas ta main qui pourrait le prendre

Son nom est sans corps

Triple qualité insondable

Et qui se fond dans l’unité »

Le bonheur ne se décrète pas, il se cherche dans un constant déséquilibre ! Dans cet ouvrage les références à Montaigne sont, de loin, les plus nombreuses. Je suis de ceux qui ont apprécié les travaux d’Antoine Compagnon (né en 1950) à propos  de l’œuvre de Montaigne qui souligne l’idée suivante : « une image dit son rapport au monde : celle de l’équitation, du cheval sur lequel le cavalier garde son équilibre, son assiette précaire. L’assiette voila le mot prononcé. Le monde bouge, je bouge : à moi de trouver mon assiette dans ce monde. » De Bouddha à Matthieu Ricard (né en 1946) il n’y a qu’un pas que Frédéric Lenoir franchit avec délectation… Nous l’avons constaté Les références philosophiques de l’auteur nous conduisent aussi sur les chemins de la méditation  pour « vibrer avec notre être profond ». En même temps, Au moment où la civilisation occidentale est bousculée, n’avons-nous pas obligation à retrouver, avec force et vigueur, la raison critique. Cette doctrine stoïcienne qui montrait déjà que : 1 : le monde est Un (matière, esprit, divin…) 2 : le monde est rationnel (logos) ; 3 : existence d’une causalité universelle fixant le destin de tous les individus ; 4 : en conséquence une nécessité d’adhérer à un ordre cosmique, l’acceptation de ce qui est…. Selon Frédéric Lenoir, suivons Epictète « n’attend pas que les événements arrivent comme tu le souhaites, décide de vouloir ce qui t’arrive et tu seras heureux. »

De belles pages sont proposées pour tenter de comprendre que le bonheur individuel et le bonheur collectif sont corrélés. Singulièrement, pour étayer ce propos,  Frédéric Lenoir s’appuie, également sur une étude sociologique conduite à l’Université d Harvard en 2008 auprès de 5000 individus. Suivant les résultats de cette recherche, la contagion du bonheur serait une réalité « chaque ami heureux augmente de 9% notre probabilité d’être heureux… tandis que chaque ami malheureux fait chuter notre capital de bonheur de 7% »… Le malheur est aussi contagieux !

Frédéric Lenoir prend partie, et, semble-t-il, soucieux de  rechercher le bonheur en s’appuyant sur ses acquis philosophiques. Il conclut ainsi cet ouvrage en se référant  au mot grec : eudaimôn, heureux se dit simplement eu (en accord) avec daimôn (génie, divinité). « être heureux pour les grecs signifie avant tout être en accord avec notre bon génie ou avec la part de divin qui est en nous. Je dirais : vibrer avec notre être profond » On l’a compris avec ce voyage philosophique,  Frédéric Lenoir nous invite à progresser même si notre destination est mouvante afin de répondre aux aspirations les plus profondes de notre être ! 

En conclusion je ne résiste pas à citer Albert Camus (1913-1960) : « Qu’est-ce que le bonheur sinon le simple accord entre un être et l’existence qu’il mène ? »

1. févr., 2020

Essai à partir des travaux et de la personnalité d’Albert Camus (1913-1960)

Pour ma maman (1916-2014) « Avec celui, « celle » que nous aimons, nous avons cessé de parler, et ce n’est pas le silence »  René Char (1907-1988)

Avertissement : les citations en italique sont celles d’Albert Camus

Avant propos : Les raisons d’un choix :

-        En 2020, il y a 60 ans, le 4 janvier 1960, Albert Camus se tuait dans un accident de voiture. En ce début d’année, de nombreuses émissions de Radios et de Télévisions lui sont consacrées.

-        Récemment en évoquant ce prix Nobel de la Paix, un voisin âgé m’a confié un texte qui l’avait beaucoup marqué dans sa jeunesse « La crise de l’Homme » (Texte de la conférence donnée par Albert Camus à l'université de Columbia (New York) le 28 mars 1946)

-        De plus un ami de longue date Alain Behm m’a offert un remarquable travail personnel sur la vie et l’œuvre d’Albert Camus. Son père Georges Behm, né en 1911 en Algérie, fut un contemporain d’Albert Camus y compris en pratiquant le football au Red Star Algérois.

 1/ Un point de vue d’un enfant de l’Education Populaire : 

 « Je laisse Sisyphe au bas de la montagne. On retrouve toujours son fardeau. Mais Sisyphe enseigne la fidélité supérieure qui nie les dieux et soulève les rochers. Lui aussi juge que tout est bien. Cet univers désormais sans maître ne lui parait ni stérile ni futile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. » (Dernières lignes du Mythe de Sisyphe publié en 1942)

J’ai terminé mes études en première. Les seules matières qui m’intéressaient à l’époque : le Français, l’Histoire et la Géographie. Ce ne fut pas suffisant pour obtenir la première partie du baccalauréat…en 1962 ! Par contre j’ai lu « l’Etranger » et « Caligula » Je fus loin de comprendre ces textes… Dans mes engagements sociaux et professionnels dans les années 1970, les thèses marxistes m’ont plus attiré. De même je fus sensible aux engagements sociopolitiques de Sartre (1905-1980) « Faire et en faisant se faire et n’être que ce que l’on est » qui me laissaient entrevoir les « vertus » de l’existentialisme… Lors de mes études universitaires à venir, dans les années 1980, je me suis orienté par nécessité sur des références livresques à caractère plus psychosociologiques : Durkheim (1858-1971), Piaget (1896-1980), Mounier (1905-1950), Desroche (1914-1994)…   tout en restant attirés par les thèses marxistes de Bourdieu (1930-2002), Passeron (né en 1930)… De façon plus originale, j’ai côtoyé les institutionnalistes de l’Université de Vincennes. Cette Université créée après 1968 par le ministre de L’Education Nationale de l’époque, Edgar Faure (1908-1988), est devenue l’Université Paris VIII. J’ai eu la chance de côtoyer Lapassade (1933-2000), Lourau (1924-2008), Ardoino (1927-2015) (Hess (né en 1947)… J’ai appuyé mes travaux universitaires sur des autobiographies raisonnées, des récits de vies promues par les chercheurs québécois et le français Gaston Pineau (né en 1939). Au fil des années je suis devenu et je reste un « braconnier du savoir » qui fréquente les chemins de traverses…

Septuagénaire, d’un seul coup, j’ai découvert de façon plus approfondie, la vie et les travaux de Camus. Ceux-ci résonnent très fort en moi ! Une nouvelle étape pour poursuivre une vie personnelle riche en expériences de toutes natures. A Paris et même à Montpellier la fréquentation de bibliothèques était plus aisée. Aujourd’hui j’avoue être aidé par l’utilisation « intelligente », je l’espère, du web. A partir des bases acquises pendant ces cinquante dernières années, mes recherches s’enrichissent, se complètent au fil des compléments d’informations proposés par Wikipédia… Chemin faisant comme tous les autodidactes plus j’avance plus je me rends compte de mon ignorance…

"Mal nommer un objet, c'est ajouter au malheur de ce monde. Et justement la grande misère humaine qui a longtemps poursuivi Parain et qui lui a inspiré des accents si émouvants, c'est le mensonge. Sans savoir ou sans dire encore comment cela est possible, il sait que la grande tâche de l'homme est de ne pas servir le mensonge."(Poésie 44) Brice Parain (1897-1971) était un philosophe ami intime d’Albert Camus.

Méthodologiquement je reste fidèle à « l’Entrainement Mental » et à l’un de ses promoteurs devenu un ami Jean-François Chosson (1928-1998) qui fut, entre autres, secrétaire général du mouvement d’Education Populaire, Peuple et Culture. Une application constante des opérations mentales qui permettent de progresser lorsque nous ne disposons pas de la culture initiale « cultivée » proposée par l’Ecole, le Lycée, l’Université : Enumérer-Décrire ; Comparer-Distinguer ; Classer-Définir. C’est ainsi que j’ai pu retrouver cette dernière citation de Camus qui fait parfois polémique ! L’objet de cet essai se situe bien dans les nécessaires équilibres qui touchent à l’évaluation d’une vie. Camus nous aide avec l’approfondissement de façon croisée de ces trois concepts l’Absurde, la Révolte et l’Amour. Une méthodologie qui nous entraine à rechercher les voies et moyens entre :

-        la spécialisation à outrance et la non moins approche globale des faits et gestes du monde qui nous entoure ; 

-        la présence de l’individu, de l’entreprise, de l’organisation, de l’institution dans un espace repérable de l’ordre du local et l’inscription de chacun d’entre nous dans des enjeux mondiaux qu’ils soient techniques, économiques, juridiques, sociaux ou culturels ; 

-        l’implication de chacun pour agir au quotidien sans omettre la nécessaire distanciation afin de mesurer les écarts entre la pression de l’environnement et les moyens recherchés pour gérer la réalité.

2/ En marche vers le bonheur ? L’inaccessible étoile avec Camus !

« J’ai grandi dans la mer et la pauvreté m’a été fastueuse, puis j’ai perdu la mer, tous les luxes m’ont paru gris, la misère intolérable. » (L’Eté 1954)

Dans mes nombreux voyages professionnels ou personnels je n’ai jamais supporté la misère. J’ai souffert avec les mendiants au Maroc, les habitants noirs des towns ships ((Seveto) en Afrique du Sud, les enfants de la rue au Brésil et en Roumanie, les modes de vies de mes collègues enseignants observés en Pologne, en Bulgarie…et même les quêtes d’autochtones pour obtenir un dollar afin de « mettre de l’essence » dans une Buick délabrée dans le Wisconsin aux Etats-Unis… Aujourd’hui encore je « culpabilise » de ne pas pouvoir aider plus mes contemporains dans la difficulté. A chaque fois, dans ces situations, la vie de mes grands parents adorés, « métayers de métayers », remonte à la surface. Ce n’était pas les vertus de la mer mais celles de cette terre trop souvent ingrate pour les miens depuis très longtemps semble-t-il ! Mon grand père paternel, ouvrier agricole, ne savait ni lire et écrire et avait tiré le mauvais numéro pour effectuer un service militaire de 7 ans qui l’a conduit en Afrique Equatoriale… Pour son frère ce fut la Nouvelle Calédonie !

Pour autant ces hommes et ces femmes avaient une vie sociale et des moments de bonheur… Camus aimait la danse, la valse en particulier… Mon grand père maternel, entre les deux guerres, était invité dans les fêtes familiales, les rencontres villageoises en les animant par le chant et la danse. Une activité complémentaire qui lui permettait de gagner « quelques sous » pour alimenter la bien pauvre caisse familiale… Mon père également était un chanteur et un danseur… J’ai découvert un cahier de chant décoré par ses soins qu’il avait écrit pendant son service militaire… Pour ma part, je poursuis cette tradition familiale de façon quasiment innée en ce qui concerne la danse… Chemin faisant, dans les années 1980, j’ai effectué une contribution écrite dans un livre collectif consacré à la valse. Dossier réalisé sous la direction de Rémi Hess. Cet universitaire, ethnologue a consacré de nombreuses recherches sur ce thème. Encore de nos jours, pour un homme, le fait de danser la valse augmente son potentiel de séduction…

En visionnant récemment le téléfilm consacré à Albert Camus, réalisé en 2009 par Laurent Jaoui, j’ai constaté que Camus était un valseur impénitent, jusqu’à en perdre le souffle… Du coup je me suis rendu sur Youtube pour découvrir d’autres dossiers consacrés à cet auteur. J’ai été très impressionné par une émission Bibliothèque Médicis de 2012 où les témoignages de sa fille, de Jean Daniel, de Robert Gallimard, cousin de Michel Gallimard, l’ami d’Albert Camus ont témoigné sur la personnalité séduisante, attachante de leur père et ami, de son attachement indéfectible à sa mère. Dans une autre émission de Bibliothèque Médicis, j’ai découvert sa petite fille, avocate, ainsi qu’une universitaire américaine spécialiste de littérature contemporaine qui a consacré un ouvrage conséquent sur la seule analyse de l’Etranger ! Cette chercheure montre bien que Camus est devenu un citoyen du monde. Ses œuvres sont intemporelles et fascinent par sa recherche de la justice, de l’humanisme et de la quête de sens… « L’histoire de ma famille qui, étant pauvres et sans haine, n’ont jamais exploité ni opprimé personne. Les trois quarts des français leur ressemblent… » (Chroniques Algériennes 1958). Ce n’est pas un hasard si le rappeur Abd Al Malik originaire des cités, ayant eu une jeunesse difficile, devenu camusien, affirme haut et fort « Il m'a fallu déconstruire pour reconstruire. Mais rien de bon ne peut sortir hors de l'amour et hors de l'acceptation de l'autre »

Dans ces visionnements successifs j’ai donc perçu les trois phases évolutives, les trois temps (encore la valse) forts qui ponctuent la pensée de Camus : l’Absurde (L’Envers et l’Endroit, l’Etranger), la Révolte (l’homme révolté, la Chute…) et l’Amour (le premier homme…)

        L’Amour

Je commencerai par l’Amour. « Je comprends ici, ce qu’on appelle gloire : le droit d’aimer sans mesure » (Noces à Tipasa, 1938) En ce qui me concerne après la culpabilité, la gloire… En 1986 lorsque j’ai obtenu mon doctorat à l’Université, j’avais atteint, à 46 ans, une forme de gloire. Elle était dédiée à mon père, ouvrier agricole décédé depuis près de 10 ans et ma maman qui lui a survécu jusqu’en 2014. Une similitude relative avec la vie familiale d’Albert Camus. Ma mère m’a appris le respect des autres, l’humilité, à se contenter du peu que la vie lui apportait. Elle se satisfaisait du bonheur de ses enfants, petits enfants, arrières petits enfants naturellement mais aussi de tous celles et ceux qui l’entouraient. Une abnégation difficilement compréhensible pour subir la dureté de sa vie quotidienne (épouse d’un ouvrier agricole, exploitante agricole, femme de ménage, cantinière). Une certaine soumission inculquée par l’éducation catholique. Une détermination pour avoir été, singulièrement à partir de 1946 (droit de vote pour les femmes), une citoyenne fidèle attachée à la vie citoyenne démocratique (maman a toujours voté ou donné un pouvoir de vote jusqu’à la fin de ses jours…). 

N’ayant pas ou très peu voyagé elle m’a toujours accompagné dans mes périples, curieuse et intéressée par mes rencontres. Aujourd’hui encore elle m’oblige à témoigner. Pour paraphraser Catherine Camus à propos de son père « Elle m’a tenu debout, elle me tient toujours debout ». De plus elle m’a transmis cette curiosité théorisée par Montaigne pour m’indigner de ce qui est injuste et surtout m’enthousiasmer pour toutes les choses de la vie… Un amour sans limite pour les siens, pour les autres… Paraplégique, les 20 dernières années de sa vie, elle résidait dans une maison adaptée. Le jour de ses obsèques la grande majorité des personnels de cet établissement était présent !

Camus reconnaissait qu’il était lui-même un homme solitaire. Et pourtant il appréciait le contact avec les autres, les femmes en particulier. Professionnellement, pendant près de 20 ans j’ai parcouru la France rurale pour valider et valoriser l’action, souvent bénévole, de ceux et celles (les dentellières économiques et sociales) qui maintenaient, développaient un monde rural afin qu’il demeure attractif « un monde rural de vies et en vie… » J’ai aimé toutes ces personnes rencontrées : naturellement pendant les échanges consécutifs à des interventions, l’organisation de travaux collectifs ; mais aussi à l’issue de ces rencontres qui se terminaient le plus souvent par des chants et des danses. Il en fut de même lorsque je fus conduit à travailler sur ces mêmes sujets à l’échelle européenne…y compris pendant un mandat à la Commission Française auprès de l’UNESCO…

Je fais mienne cette assertion d’un ami Paul Harvois (1919-2000) : « Marchant vers l’utopie, nous avons toujours eu les pieds sur terre, serviteurs de l’administration, gens de progrès, nous avons refusé les dichotomies politiciennes abusives. Formant des êtres libres et généreux nous sommes restés solitaires et solidaires. ». Aujourd’hui, je suis convaincu que Paul Harvois était un disciple d’Albert Camus. Ce créateur de l’Education Socioculturelle dans l’Enseignement Agricole Public se considérait comme un « homme global ! ». Devenu haut fonctionnaire au Ministère de l’Agriculture il fut toujours considéré comme un homme libre, franc-tireur pour beaucoup de ses collègues.

« C'était un homme affectueux et pacifique autant qu'un penseur très exigeant. Il savait que la philosophie signifie l'amour de la sagesse et donc aussi d'une certaine façon l'amour des autres, car on n'est jamais sage tout seul. » David Brunat, philosophe dans son ouvrage "Phamphlettres" fait parler ainsi la mère de Camus « La Lettre de la mère d'Albert Camus à Michel Onfray ». Lors de la polémique entre Michel Onfray et Benjamin Stora qui a eu lieu à l’occasion du centenaire de la naissance de Camus en 2009, de nombreux textes sont parus.

On ne peut pas passer sous silence les événements d’Algérie… En écrivant ces lignes je me réfère au dossier d’Alain Behm qui souligne « Camus n’a pas été silencieux sur l’Algérie ; il s’est exprimé le plus clairement possible dans une situation difficile » On peut aisément imaginer sa souffrance lui qui aimait les autres tous les autres… « Le peuple arabe existe. Je veux dire par là qu’il n’est pas cette foule anonyme et misérable où l’occidental ne voit rien à respecter et à défendre. Il s’agit au contraire d’un peuple de grandes traditions et dont les vertus sont premières » « je n’ai jamais séparé dans mon amitié aucun des hommes qui y vivent… » (Actuelles 3, 1958)

Alain Behm ajoute « le jeune algérien qui a interpellé Albert Camus lors de la remise du prix Nobel, Saïd Kessal ne connaissait pas vraiment l’œuvre de Camus à cette époque. Il lit  Camus … et vient à Lourmarin déposer des fleurs sur sa tombe. »

 La Révolte

« Je ne vois pas ce que l’inutilité ôte à ma révolte et je sens bien qu’elle lui ajoute. » « Il s’agit de mourir irréconcilié et non pas de plein gré » (Carnets, 1962)

Alain Behm résume bien, me semble-t-il ce concept de Riposte en synthétisant l’ouvrage de Jean-François Mattéi (1941-2014), Philosophe, « Albert Camus et la pensée de Midi » : 

« Penseur solaire…le ciel et la mer…

Philosophie méditerranéenne

Le consentement inséparable de la révolte

Le oui en tension avec le non

Harmonie entre la terre, le monde et le soleil

Appétit de vivre dans ce monde qui n’a pas de sens supérieur

Hommage à la mesure ; la révolte n’autorise pas tout. »

Le Larousse propose plusieurs acceptations du mot révolte, je retiens  celle-ci au regard de cette contribution « un sentiment violent d’indignation et de réprobation». Pour Camus la Révolte est affaire de mesure ; Une analyse subtile entre le oui et le non. « Qu’est-ce qu’un homme révolté ? Un homme qui dit non. Mais si il ne refuse pas c’est aussi un homme qui dit oui, dès son premier mouvement » (L’homme révolté, 1951)

En ce qui me concerne, après réflexions, suite à la lecture de Camus la Révolte serait, avant tout, un moteur pour l’action ! « La modestie m’aidait à briller, l’humilité à vaincre… »

Camus s’est souvent retrouvé seul, singulièrement au lendemain de la guerre 39-45 et lors des événements d’Algérie à partir du drame de Sétif en 1945, pour combattre et se révolter contre les dérives de son temps : le colonialisme, le fascisme et le communisme... « Dans une France où une figure internationale, médiatique, cohérente, courageuse, cherchant sans relâche un consensus pertinent et incarnant la grandeur des idéaux intellectuel et humaniste, est totalement absente, voici mon frère, voici notre héros : Albert Camus. .. » Abd al Malik né en 1975 précise cette pensée et son actualité dans son ouvrage « Camus L’art de la révolte » comme dans ses témoignages sur youtube ou dans les émissions de TV

L’Absurde

« Constater l’absurdité de la vie ne peut-être une fin, mais seulement un commencement. Ce qui intéresse c’est les conséquences et les règles d’action qu’on en tire. » (Alger Républicain, 1938)

Au moment où nous sommes frappés de tous les côtés par les intégrismes : insupportables du côté des islamistes radicaux ; rampants dans le monde entier notamment aux Etats-Unis où les créationnistes promeuvent des lois d’enfermement… Partout dans le monde « la loi de Dieu » prime la « loi des Hommes » Même lors d’un récent périple au Vietnam nous avons pu constater que le pouvoir communiste favorise le retour de la religion (mixte de bouddhisme et de cultes des ancêtres) par des programmes de restauration intensive des temples…

Au secours, Albert Camus ! « Albert a prouvé par sa vie et par son œuvre que la tendresse, la bienveillance et l'humanité face à la barbarie et à la bêtise ne sont pas indignes d'un grand philosophe. ». Dans les morts connus (Charly hebdo), les innocents (Nice) il y avait des lecteurs de Camus ! Cruel pour le prix Nobel de littérature qui s’indignait en son temps des effets des attentats terroristes sur l’humanité !

J’ai particulièrement apprécié son texte « La crise de l’Homme » déjà cité. Ecrit en 1946 il retrouve une actualité extraordinaire 70 ans après !!! Pour cela il suffit de changer l’espace géographique et les protagonistes. Ce regard sur l’absurdité du monde actuelle débouchera-t-il sur une issue aussi « heureuse » que celle envisageait au lendemain de la dernière guerre mondiale ? « Oui, telle fut la grande leçon de ces années terribles : le tort fait à un étudiant de Prague regardait aussi l’ouvrier de la banlieue parisienne ; le sang versé sur les rives d’un fleuve d’Europe centrale pouvait pousser un fermier du Texas à verser le sien sur une terre inconnue de lui, dans les Ardennes. Cela aussi était absurde, insensé, presque impensable. Pourtant cette absurdité recelait une leçon : nous étions tous impliqués dans une même tragédie, où se trouvaient en jeu la dignité commune et une communauté des hommes qu’il était important de défendre et de renforcer. » (La crise de l’Homme, 1946)

« Ce monde en lui-même n’est pas raisonnable, c’est tout ce qu’on peut en dire. Mais ce qui est absurde, c’est la confrontation de cet irrationnel et de ce désir éperdu de clarté dont l’appel résonne au plus profond de l’homme. » (Le Mythe de Sisyphe, 1942) Les démocraties sont en danger, les élections américaines frisent l’absurde. Le monde est en danger les lumières des philosophes éclairés du XVIIIème siècle, les espoirs de construction d’une humanité meilleure au lendemain des dernières guerres (société des Nations, ONU, Europe…) s’effondrent. Allons-nous vers un nouvel Hiroshima ? Rappelons-nous inlassablement Camus :

« La paix est le seul combat qui vaille d’être mené. Ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison » (Editorial de Combat, 8 août 1945)

Au moment où des forces obscures souhaitent le rétablissement des frontières, des murs, y compris en Europe, en face de quel drame va-t-on se retrouver ? Ne serait-ce qu’au regard de l’amitié franco-allemande… Ne parlons pas des pays du Maghreb alors qu’avec le poète algérien Abdelmadjid Kaouah (né en 1954) on pourrait espérer : « viendra-t-il le jour où l’Algérie et la France revendiqueront ensemble leur Nobel (de littérature mais pourquoi pas, aussi, de la Paix, ajoutons nous), Albert Camus, cet enfant du pays algérien ? »

3/ Pour poursuivre

Plus que jamais en réalisant cette contribution je fais mienne cette pensée de Bakounine (auteur apprécié par Camus): « le but final de l’éducation ne devant être que celui de former des hommes libres et pleins de respect et d’amour pour la liberté d’autrui ». Les Philosophes, les moralistes nous aident, nous montrent le chemin !

Camus précise « Si je m’avançais à visage découvert, c’est que j’avais confiance dans la loyauté des autres. Cette confiance était excessive, je l’ai appris parfois à mes dépens. Il faut vivre à l’écart après avoir dit ce qu’on pensait, en laissant au temps le soin de faire la mise au point nécessaire » Sartre et Camus sont des monuments de notre littérature nationale… Ils sont universels et leurs pensées philosophiques nous accompagnent. Le propos de Sartre qui suit illustre ce respect sans doute mutuel qu’ils ont eu avant pendant et après leur « brouille » :

« Nous étions brouillés, lui et moi : une brouille, ce n’est rien, tout juste une autre manière de vivre ensemble et sans se perdre de vue dans le petit monde étroit qui nous est donné. Cela ne m’empêchait pas de penser à lui, de sentir son regard sur la page du livre, du journal qu’il lisait et de me dire : Qu’en est-il ? qu’en dit-il à ce moment ?  Il représentait en ce siècle, et contre l’histoire, l’héritier actuel de cette longue lignée de moralistes dont les œuvres constituent peut-être ce qu’il y a de plus original dans les lettres françaises. Son humanisme têtu, étroit et pur, austère et sensuel, livrait un combat douteux contre les événements massifs et difformes de ce temps. Mais, inversement, par l’opiniâtreté de ses refus, il réaffirmait, au cœur de notre époque, contre les machiavélistes, contre le veau d’or du réalisme, l’existence du fait moral ». (France-Observateur du 7 janvier 1960)

Une fois de plus cette contribution est « un arrêt sur image » Je débute de nouvelles approches de cet immense auteur qui, aux dires de Raphaël Einthoven, a produit « une œuvre qui se suffit à elle-même ! » Camus nous propose, résume-t-il, une réflexion constante, que j’adapte à l’issu de ce travail, entre :

-        l’absurde, la rencontre entre le silence et le sens pour la recherche inlassable de la liberté ; 

-        la révolte, la meilleure façon de vivre pour construire une égalité réelle et pas seulement égalitaire ; 

-        l’amour une reprise sans fin du réel, gage de cette nécessaire fraternité qui nous lie dans l’espace et le temps !

Quelques références sommaires

Livres

-        « Dictionnaire Albert Camus » sous la direction de Jean-Yves Guérin, Paris ed.Bouquins, Lafont, 2009, 992p.

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Documents ronéotés

-        CAMUS, Alain Behm, Roussillon (Isère) 38 p.

  • Principales œuvres présentées succinctement par Alain Behm : L’Envers et l’Endroit (1937) ; Noces (1939) ; L’Etranger (1942) ; Le Mythe de Sisyphe (1942) ; Caligula (1944) ; La Peste (1947) ; L’Homme révolté (1951) ; L’été (1954) ; La chute (1966) ; La Caida (1956) ; L’exil et le royaume (1957) ; le Premier homme (1994)

-        BOURGEOIS Henri, Albert Camus était-il Franc-maçon ? Grenoble (Isère), 2015, 11p.

 

Sitographies

-        A propos d’Albert Camus :

  • https://fr.wikipedia.org/wiki/Camus_(téléfilm)
  • https://www.youtube.com.watch ? Bibliothèque Médicis- Albert Camus
  • www.tv.replay.fr/biblio Maisonneuve-Camus, Estrosi, Kaplan, Abd El Maik 
  • https://youtube.com/watch ? Michel Onfray « l’ordre libertaire, la vie philosophique d’Albert Camus ».
  • https/ :www.le figaro.fr Lettre de la mère d’Albert Camus à Michel Onfray 
  • https://www.ahmedbensaada.com. Polémique ONFRAY.CAMUS. EL WATAN, Ahmed BENSAADA.    
  • o    https://lesmardisdelaphilo.com/.../première-conférence-de-raphael-enthoven-sur-albert...

 

Emissions de Télévision :

"Albert Camus, l'icône de la révolte", Fabrice Gardel et Mathieu Weschler, LCP,   4 janvier 2020 

« Les vies d’Albert Camus », Georges-Marc Benanou, France 3, 22 janvier 2020