Billets

19. avr., 2021

L’ami scientifique qui m’a offert ce livre m’a envoyé un sérieux « clin d’œil » pour « titiller » ma curiosité, mes sensibilités philosophiques et, chemin faisant, à entrer dans un monde scientifique qui ne m’est pas familier. Avant de développer les aspects formateurs, instructifs du contenu de cet ouvrage il convient, me semble-t-il, de fixer le cadre de cette publication. A la fin de cette lecture des hypothèses scientifiques émises m’ont profondément interrogée, « dérangées ».  Cela m’a conduit à effectuer une recherche Wikipédia concernant l’éditeur que je ne connaissais pas. Pour lui, Guy Tredaniel, « La ligne éditoriale est spécialisée dans l'éditiond'ouvrages destinés à un large public dans les domaines des pseudosciences, de l'ésotérisme, des croyances, de la divination, de la médecine douce, du développement personnel… ».  Editeur depuis 1974.                                               

Du coup même recherche pour les auteurs : 

-       Jean-Claude Bourret, né en 1941, bien connu pour ses talents journalistiques incontestables. Il est pour beaucoup dans la construction alerte du livre « questions-réponses » entre lui et Jean-Claude Petit… Toutefois Jean-Claude Bourret ne cache pas ses penchants pour l’existence des « OVNIs », d’un autre monde, contribuant à la création d’une « science ?, pseudoscience ?’ : l’ufologie dans les années 1970. 

-       Jean-Pierre Petit, né le 5 avril 1937 à Choisy-le-Roi, est un scientifique français spécialiste en mécanique des fluidesphysique des plasmasmagnétohydrodynamiquecosmologie et en physique théorique. Il semblerait qu’il se soit parfois égaré à défendre des théories complotistes.

Revenons au contenu du livre pour moi deux thèmes d’actualité visibles : 1/ l’écologie avec une autre approche de la biosphère via la noosphère ! 2/ la question de la fin de vie et d’un éventuel au-delà ! D’où le sous-titre de cet ouvrage : «  Nous avons une âme, ce qui survit après notre mort. Cela se démontre scientifiquement »

En effet Jean-Pierre Petit a effectué des recherches conséquentes autour des années 1980 qui n’ont pas reçu un grand écho dans le monde scientifique : le modèle cosmologique : Janus. Ce Dieu aux deux visages  qui « regarde simultanément vers le futur et vers le passé », « ce qui est en bas est comme ce qui est en haut ». Ce qui le conduit a proposé une théorie sur l’expansion de l’univers.  A la demande du journaliste bienveillant, le scientifique effectue des démonstrations illustrées par de nombreuses planches, voir des dessins animés. J’en ai retenu l’existence d’une noosphère qui se structurait par elle-même en opposition à la biosphère qui se structure en fonction de lois physiques, biologiques…qui au final s’autorégule y compris lorsque l’homme interfère pour combattre les dérèglements qu’il a lui-même commis ! Pour Jean-Pierre Petit l’intelligence est ailleurs dans la noosphère… Ce qui conduit Jean-Claude Bourret à dire : « les êtres primitifs que représente le plancton seraient compatibles avec des petits robots, pilotés par une intelligence extérieure » Ce modèle non-standard n'a pas soulevé beaucoup d'intérêt dans la communauté scientifique depuis ses premières publications.

Pas de Dieux, pas d’Etre Suprême, seuls les lois de la métaphysique régleraient l’histoire du monde dans la noosphère... en opposition au monde matériel qui fabrique et assemble toutes les briques de la biosphère ! Du coup les deux auteurs se retrouvent pour apprécier la culture hindouiste, « le karma ». Jean-Pierre Petit précise «  la tradition hindouiste insiste sur le poids des expériences passées, vécues dans la vie antérieure par l’individu. On peut traduire cela par une influence, inconsciente, opérée par ces structures noosphériques sur celle qui est active, dans l’incarnation de l’individu. ». 50 pages « scientifiques »  proposées par ce chercheur en annexe tentent de démontrer ce postulat. Pour ma part cette approche m’est apparue ésotérique. Certes je ne dispose pas des bases mathématiques, géométriques et physiques pour appréhender la pertinence des démonstrations développées par Jean-Pierre Petit.

Les auteurs se réfèrent à des propos prêtés à Woody Allen en 1968 : «  Marx est mort, Dieu est mort, et moi-même je ne me sens pas très bien »… Pour aborder cette question métaphysique ils  n’hésitent pas à aborder des thématiques, à la mode, dans le contexte sanitaire et social actuel : « différentes formes d’énergie ; la méditation ; la « meduiumnité » ; la spiritualité ; se réincarner, pourquoi ? les expériences de mort imminente… ».  En annexe 1 de cet ouvrage Jean-Pierre Petit propose un court conte philosophique : «  l’Homme en vert » pour affirmer que « la mort ne nous apprends rien ». Pourtant s’il y avait une vie après la mort, avec l’aide de la connectique, une possible réincarnation ! Une autre démonstration « un autre contexte géométrique » laisse pantois le lecteur lambda que je suis ! Pour ces deux auteurs les formules mathématiques et physiques  qu’ils proposent ne reçoivent pas l’écoute de leurs pairs ! Ils en résultent pour eux une critique acerbe de la façon dont les articles scientifiques sont tamisés par des spécialistes contestables sur le fond et la forme.

« Une attitude scientifique consiste à un questionnement. Celui-ci est à la base de la démocratie et de la lutte contre les intégrismes. Il n’existe pas de dogmatisme en sciences : la vérité de la parole n’a rien à voir avec l’autorité de celui qui l’énonce ». Jean-Pierre Petit joue sur les paradoxes… Peut-être a-t-il raison dans l’énoncé de ses hypothèses de recherche qui apparaissent comme des dogmes dans cet écrit. Si oui, nous sommes face à un précurseur ; Si non nous sommes en présence d’un dangereux prophète qui devrait selon moi, retomber les pieds sur terre au propre et au figuré ! Cet ouvrage nous invite à conserver l’esprit critique afin de conserver la voie empruntée par l’auteur de  la citation introductive de ce paragraphe, l’américain Léon Lederman (1922-2018), prix Nobel de physique en 1988. Dans la même démarche, il est rejoint par  son ami français  Georges Charpak (1924-2010), prix Nobel de physique en1992 ! Ces deux scientifiques connus et reconnus se sont évertués à rendre la science accessible au plus grand nombre avec beaucoup d’humilité…

19. avr., 2021

Mais qu’est-ce que va faire Georges Bringuier dans cette galère ? Ecrire la véritable histoire de Cyrano de Bergerac ! Dans le contenu de cet ouvrage on trouve une partie de la réponse. Molière (1622-1673) aurait emprunté cette formule à Cyrano de Bergerac, exprimée dans sa pièce paru en 1654 : « le Pédant joué ». La question culte « que va-t-il faire dans cette galère ? » se trouve dans la pièce « les fourberies de Scapin » parue en 1671. Savinien Cyrano de Bergerac fut un gentilhomme de son temps, touche à tout : homme d’épée et de duels, libertin, physicien, critique du monde de la sorcellerie et des travaux de Nostradamus (1503-1566), écrivain et polémiste… (Des textes écrits par Cyrano sont présentés en annexe)

Georges Bringuier nous entraine à la découverte de notre riche histoire de France dans une période troublée lors de la guerre de 30 ans (1618-1648) et la période de la Fronde (1648-1653). Un espace temps qui colle à la vie de  Savinien Cyrano de Bergerac (1619-1655). Des personnages illustres apparaissent au fil du récit : Richelieu (1585-1642), Mazarin (1602-1661)… Cyrano et d’Artagnan (1611/15 ?- 1673) se sont-ils rencontrés ? A la lecture de cette recherche érudite on comprend aisément que cette période ait inspiré Alexandre Dumas père pour écrire les « Trois mousquetaires ». Du coup, Georges Bringuier rend hommage à Edmond Rostand auteur de l’une des pièces les plus connues du répertoire théâtrale français « Cyrano de Bergerac » !

En son temps Alexandre Dumas père prévenait le lecteur qu’il s’était inspiré  d’un « apocryphe » d’un certain Gatien de Courtilz de Sandras relatant la vie d’un homme bien réel  Charles de Batz de Castelmore dit d’Artagnan. Toute proportion gardée, pour relater la véritable histoire de Cyrano de Bergerac, Georges Bringuier s’appuie sur les textes de Cyrano de Bergerac lui-même, de ceux de ses contemporains dont son ami Henry le Bret (1618-1710). Mais également dans la bibliographie jointe, on note la présence de nombreux chercheurs dont l’un des derniers, Jacques Prevot (né en 1937), écrivain et chercheur en littérature, est un spécialiste de l’œuvre de Savinien Cyrano de Bergerac.

Dans cet ouvrage Georges Bringuier ne renie pas ses racines scientifiques en citant léon Lederman (1922-2018) prix Nobel de physique en 1988 : « une attitude scientifique consiste à un questionnement. Celui-ci est à la base de la démocratie et de la lutte contre les intégrismes. Il n’existe pas de dogmatisme en sciences : la vérité de la parole n’a rien à voir avec celui qui l’énonce. ». Cyrano de Bergerac semble avoir eu conscience de cette question qui demeure d’une cruelle actualité. Savinien de Cyrano de Bergerac était un physicien qui distinguait les  connaissances premières : toucher, goût, odorat et même la perception des sons, de la lumière et des couleurs, des connaissances secondes et réfléchies qui contribuent à l’élaboration de théories…

Mais surtout l’auteur de ce livre, dans l’esprit déjà développé dans des ouvrages précédents (La liberté de penser et ses martyrs ; le flamboyant destin du chevalier de La Barre… entre autres), recherche en quoi Savinien Cyrano de Bergerac est un avant-gardiste pour promouvoir la « Liberté de penser ». Cyrano fut influencé par Descartes (1596-1650), certainement ; par Campanella (1568-1639), philosophe et, peut-être pourrions-nous dire aujourd’hui, politologue. Campanella développe des thèses de nature utopique, athéiste avec un art de la dissimulation… Savinien Cyrano de Bergerac sera surtout proche de Gassendi (1592-1655), mathématicien, philosophe, théologien et astronome… qui a travaillé avec Pierre de Fermat (1601-1665) décédé à Castres et honoré à Toulouse. Cyrano est mort trop jeune, à 36 ans, ce qui ne lui a pas permis de devenir un grand auteur du XVII ème siècle. Pour les exégètes de son œuvre il ne fait aucun doute que Cyrano ne croit ni en Dieu ni en l’immortalité de l’âme, une « sacrée audace à cette époque » ! « Cyrano est assurément le premier philosophe athée et même libertin en avance sur son temps. » De plus nous dit Georges Bringuier : « Cyrano clame haut et fort son indépendance intellectuelle : « je ne défère à l’autorité de personne, si elle n’est accompagnée de raison… Ni le nom d’Aristote plus savant que moi, ni celui de Platon… ne me persuadent point si mon jugement m’est convaincu par raison de ce qu’ils disent »… sans l’entêtement d’un sot… si on lui démontre qu’il a tort « par des raisonnements plus forts et plus pressants que les siens. » 

Si, selon l’éditeur cet ouvrage se lit comme un roman, pour moi l’intrigue est bien plus un appel à une réflexion historique et philosophique à partir de la vie et de l’œuvre d’un personnage mythifié. Nous entrons par la grande porte dans le XVIIème siècle, avec une visée scientifique, pour découvrir l’environnement intellectuel dans lesquels les héros de notre enfance ont évolué : d’Artagnan et « les Trois mousquetaires » entre 1625 et 1675 d’une part… le « Capitaine Fracasse » (roman de Théophile Gautier)  entre 1637 et 1643 d’autre part…

5. oct., 2020

 

« On mesure l’intelligence d’un individu à la quantité d’incertitudes qu’il est capable de supporter » Kant

Introduction :

Propos d’un autodidacte qui s’est formé essentiellement à partir de lectures diverses et variées depuis son enfance,  de  pratiques socioculturelles depuis son adolescence, et, surtout, avec l’appui d’un esprit curieux qui demeure, pour l’instant, intacte au soir de sa vie ! Notre génération est frappée de pleins fouets par les attentats de 2015 et de façon encore plus prégnante par la Covid 19 ! Comment, aujourd’hui, continuer à prendre les chemins de traverses pour surmonter ces situations anxiogènes ? La philosophie peut-elle nous aider ?

I/ Qu’est-ce que tout cela veut dire ?

Première approche du thème de recherche proposé à l’aide d’un « petit » livre d’initiation à la philosophie pour les lycéens et les étudiants néophytes mais aussi pour celles et ceux qui découvrent tardivement les fondements philosophiques. (1)  « Le matériau brut de la philosophie provient directement du monde et de la relation que nous entretenons avec lui, et non de ce qui été écrit dans le passé »… En effet la philosophie repose essentiellement sur la pensée. De plus rejoignons Bergson (1859-1941) « Il n'y a rien en philosophie qui ne puisse se dire dans la langue de tout le monde. ». Comme le bon jardinier entretient son potager pour obtenir la meilleure nourriture possible pour le maintien de sa  forme physique, l’honnête homme se doit d’entretenir sa pensée pour conserver un esprit alerte. 

Ce nouvel «arrêt sur image» rappelle qu’au au fil des lectures, des rencontres, des expériences vécues la formule de Kant (1724-1804) est opératoire : « On n’apprend pas la philosophie on apprend à philosopher ».

Dans son ouvrage Thomas Nagel (1), philosophe américain contemporain né en 1937, propose neuf problèmes paradoxaux, parmi beaucoup d’autres, pour « entrer en philosophie » :

-       « La connaissance du monde  hors de nos esprits » : Une nécessité pour surmonter « les inondations » d’informations multiples et variées. Oui nous vivons à l’échelle du monde : la philosophie nous invite à prendre de la distance…

-       « la connaissance  d’autres esprits que le notre » Une nécessité pour se construire par la confrontation avec l’autre, les autres…

-       « La relation entre l’esprit et le cerveau » Une nécessité face au progrès des neurosciences, aux questions liées au développement de l’intelligence artificielle….

-       « Comment le langage est possible » Une nécessité entre humains naturellement mais aussi avec tous les règnes animaux et végétaux… sujets de plus en plus sensibles dans notre monde contemporain…

-       « l’existence du libre arbitre » Une nécessité car il est clair que la philosophie permet un accès privilégié à la liberté individuelle, mais aujourd’hui comment (re)construire des libertés collectives… pour promouvoir les idées issues des lumières…

-       « Le fondement de la moralité » Pas de morale sans philosophie tout en permettant un accès à des approches rationnelles pour contrecarrer la montée des croyances et de l’obscurantisme…

-       « Les inégalités injustes » Si nous « naissons égaux en droits » dans notre République pour le moins, qu’en est-il d’une gestion raisonnable des inégalités, de la recherche du meilleur dénominateur commun pour accéder à un mieux vivre ensemble ?

-       « La nature de la mort » la pandémie actuelle ravive douloureusement ce sentiment d’immortalité vers lequel nos sociétés occidentales nous entrainent… Un réveil également de la question du droit à mourir dans la dignité pour des femmes et des hommes de plus en plus âgé(e)s…

-       « Le sens de la vie » Comment suivant Camus (1913-1960), marier l’Absurde, la Révolte et l’Amour ?    

  • l’absurde, la rencontre entre le silence et le sens pour la recherche inlassable de la liberté…
  • la révolte, la meilleure façon de vivre pour construire une égalité réelle et pas seulement égalitaire… 
  • l’amour une reprise sans fin du réel, gage de cette nécessaire fraternité qui nous lie dans l’espace et le temps… 

II/ Retrouver des principes vitaux fondamentaux : Rester actif respectueux de l’autre des autres pour donner sens à sa vie à la vie…. Et ce dès son plus jeune âge… (2)

Cet essai, certes sommaire, rejoint un texte de Charles Hadji (universitaire contemporain, spécialiste de l’évaluation scolaire) que j’ai eu le plaisir de côtoyer à L’université Lyon 2 dans les années 1980 sous l’autorité de Guy Avanzini philosophe de l’Education. Dans notre monde plein d’incertitudes ces professeurs font appel à 4 concepts clé, « vieux comme le monde », pour dynamiser notre comportement, nos comportements :

-       « L’activité. » Conservons la métaphore  des vertus qui animent le jardinier qui doit s’impliquer quotidiennement car, suivant Alain (1868-1951),  « Il faut essayer, faire, refaire, jusqu’à ce que le métier rentre, comme on dit. »

-       « L’autorité. » Une question omniprésente dans cette période où chacun s’estime hors de portée de toute autorité fusse-t-elle sanitaire. Hegel (1770-1831) nous invite à éviter tout laxisme pour se respecter et respecter les autres. Un appel également pour construire un cadre qui invite à construire les modalités d’une obéissance bienveillante.

-       « La valeur. » Rechercher un sens à toutes nos actions. Hadji fait appel à Kant « Dans un moment historique marqué par une certaine « fatigue démocratique », et alors qu’on ne sait plus à quelle valeur se vouer sans être prisonnier d’un dogme communautaire, il est salutaire de comprendre, que la valeur est à rechercher en chacun d’entre nous. »

-       « La vertu. »  La puissance ou effort pour persévérer dans son être. Etant l’essence même de la chose, on comprend que la seule réponse possible à la question de savoir ce qui donne du prix à la vie humaine et qui constitue le fondement de toute valeur, est le fait d’être un être humain, vivant, et libre, parmi les autres êtres humains. Ici, les impératifs de santé rejoignent des impératifs d’ordre éthique car « Il vaut mieux enseigner les vertus que condamner les vices. » selon Spinoza (1632-1677).

III/ Philosopher une pratique sportive (3)

Si les pratiques philosophiques étaient une excellente façon d’entretenir, pour chacun d’entre nous, nos capacités intellectuelles ? Si oui, comme pour tous les sportifs, pour tous ceux et celles qui souhaitent rester en bonne forme physique, il convient de s’entrainer… Et pour ce, « L’Entrainement Mental » consiste donc bien à « augmenter le rendement de l’intelligence ». Cette méthode trop méconnue est lié aux mouvements d’Education Populaire. Au lendemain de la guerre 39-45 peu de jeunes pouvaient poursuivre des études au-delà de l’enseignement scolaire du primaire. L’obtention du certificat d’étude était un challenge… Pour palier à cela l’organisation de cours para et péri scolaire, des cours par correspondance, les cours dispensés à la périphérie du monde ouvrier, par exemple le CNAM (Conservatoire Nationale des Arts et Métiers)…), le monde paysan, autre exemple l’IFOCAP (Institut de Formation des cadres Paysans)… se sont développés… 

Des méthodes pédagogiques alternatives ont vu le jour à partir du partage des savoirs, des savoirs faire, des savoirs être, acquis individuellement et/ou collectivement. Nous étions  au cœur des questions posées par l’Education Populaire, l’Education informelle, l’Education hors les murs…  Singulièrement pour celles et ceux qui recherchent tous les outils possibles et imaginables pour combler, « rattraper » les déficits intellectuels non acquis dans le secteur de l’Education formelle. Un thème toujours d’actualité pour soutenir tous ces jeunes en déshérence scolaire. Nous restons conscients que la formation initiale, apprendre à lire, compter, écrire… reste une nécessité, une base, une valeur sure… pour le plus grand nombre. De même pour les cursus scolaires, universitaires qui démontrent le bien fondé du développement des connaissances au niveau le plus élevé. La confrontation des savoirs savants est garante du devenir de notre humanité…

L’«Entrainement Mental» ne résout pas toutes les questions liées à l’acquisition des savoirs fondamentaux. Nous sommes en présence d’une méthode d’apprentissage, parallèle, qui permet « de mettre le pied à l’étrier » pour poursuivre des parcours d’acquisition de connaissances tout au long de la vie.

Par le biais de l’Education Populaire, Il est donc possible de devenir un philosophe avisé en abordant tous les thèmes qui font  notre quotidien. Pour cela s’interroger suivant 3 axes :

-       1/ De quoi s’agit-il ? Enumérer, décrire la question posée…

-       2/ Où se situent les problèmes concernés ? : comparer, les aspects réalistes voir à visée scientifique qui entourent le sujet ;  distinguer les points de vue émis souvent de façon contradictoire. Comparer, distinguer,pour amorcer une réflexion personnelle autonome…

-       3/ Pourquoi es-ce ainsi ? Tout événement se situe dans le temps et l’espace. Faire appel à l’histoire la géographie entre autres pour, au-delà des faits et idées du moment. Classer,  définir, pour rechercher les causes et les conséquences de toute action… Dépasser les contradictions réelles, apparentes !

Au fil des décennies celles et ceux qui sont porteurs de cette méthode, l’entrainement mental, sont avant tout des militants impliqués dans la vie citoyenne qui assument leurs charges émotionnelles face aux réalités rencontrées et vécues. En même temps ils recherchent inlassablement les voies rationnelles pour comprendre et agir dans le monde. Ils n’hésitent pas à s’inscrire   dans le temps long. Selon Edgar Morin (né en 1921) (5) : « Nous essayons de nous entourer d’un maximum de certitudes, mais vivre, c’est naviguer dans une mer d’incertitudes, à travers des îlots et des archipels de certitudes sur lesquels on se ravitaille… » 

IV/ Un exemple contemporain : les cafés philos tarbais (4)

Revenons à la métaphore du jardin qu’il convient d’entretenir y compris pour les générations futures. Tarbes dispose d’un jardin remarquable. Ce jardin est dû à la générosité d’un botaniste français Placide Massey (1777-1853). A cette époque ce directeur des pépinières du Trianon et du potager de la reine à Versailles voulait doter sa ville natale Tarbes d’un muséum d’histoire naturelle. Notons que cette volonté de vulgarisation scientifique ambiante débouchera sur la création du muséum d’histoire naturelle de Paris en 1793 à partie du Jardin royal des plantes médicinales, qui existait depuis les années 1600 !

Toute proportion gardée, sous l’impulsion de deux jeune retraités universitaires parisiens, l’association Reliance en Bigorre est créée en septembre 2012 afin que « la philosophie ne soit plus le privilège de quelques uns et soit accessible à tous. ». Une volonté clairement exprimée d’inscrire cette démarche en temps de crise dans l’esprit de l’Education Populaire. La encore, Rose Marie Chevalier et Pierre Belmas se sont voulus des médiateurs (6) à l’aide d’un philosophe connu et reconnu, Francis Sylvestre, pour que tout un chacun puisse apprendre à « philosopher ensemble » sur toute les questions qui font la vie de la naissance à la mort (amour, justice, liberté, engagement…) Comme Placide Massey en son temps, n’ont-ils pas élaboré un jardin remarquable philosophique qui leur survivra à l’aide de l’outil numérique ? Le site « Reliance en Bigorre » laisse à la disposition de tout un chacun tous les comptes-rendus de ces cafés philos (72 à ce jour). De plus, depuis 2016, les actes et les témoignages des manifestations "grands publics" en présence de philosophes de renom (Ferry, Badiou, Einthoven, Cyrulnik, Roger Pol Droit…) sont à disposition du lecteur curieux. Soulignons que la jeune philosophe Adèle Van Reeth est devenue la marraine bénévole de cette action éducative dont la renommée a dépassé la Bigorre.

« Philosopher par temps de crise » cette annonce forte proposée par les animateurs des cafés philos tarbais se trouve aujourd’hui victime de la Covid 19. Difficile de réunir près de 100 personnes dans un café chaque 1er lundi du mois… Difficile de rassembler des centaines de personnes lors des manifestations de Tarbes en Philo… Et pourtant il est encore plus nécessaire de « philosopher par temps d’incertitudes ». Nous nous devons de poursuivre, aux côtés de ces pionniers tarbais, la culture de notre jardin philosophique par tous les moyens et toutes les méthodes mis à notre disposition !

En guise de conclusion provisoire : 

La philosophie est vivante car elle ne permet pas de répondre aisément par oui ou par non mais à s’interroger : pourquoi pas ? Il est plus que jamais nécessaire de philosopher pour éviter l’appel du vide ! Rassurons nous avec ce proverbe africain d’actualité face à la pandémie : « Aimons naître, aimons vivre, aimons mourir : le néant n'existe pas. »

Claude Brette (7) octobre 2020

Notes et Références :

(1)    Thomas Nagel, Qu’est-ce tout cela veut dire ?, Paris, l’éclat poche, 2015. Traduction Ruwen Ogen

(2)    Charles Hadji, Les philosophes à la rescousse : quatre concepts pour donner du sens à la rentrée, 30 août 2020 - The conversation.com

(3)    Claude Brette, Entrainement mental et prospective - http://brette.claude.over-blog.com

(4)    Reliance en Bigorre - www.relianceenbigorre.fr

(5)    Edgar Morin: «Nous devons vivre avec l'incertitude» | CNRS ... lejournal.cnrs.fr › articles › edgar-morin-nous-devons-vivre-avec-linc...

(6)   Rémi Hess, Le temps des médiateurs, Paris, Edilig, 1982

(7)    Claude Brette né en 1944. Une formation continue via les mouvements d’Education Populaire depuis les années 1960 : CEMEA (Centres d’entraînement aux méthodes de pédagogie active) avec obtention du diplôme de moniteur de colonies de vacances en 1962 ; GREP (Groupe de Recherche Pour l’Education et la Prospective) : Développement personnel, méthodes de travail intellectuel ; PEC (Peuple et Culture) : lecture rapide, Expression orale et écrite, dynamique de groupe) ; FNFR (Fédération Nationale des Foyers Ruraux) : analyse institutionnelle, sociologie rurale ; Collège Coopératif Rhône-Alpes en liens étroits avec l’Université LYON II : Dipôme des Hautes Etudes en Pratiques Sociales (1983) et thèse de 3ème cycle en Sciences de l’Education (1986). Animateur du mouvement des Universités Rurales Populaires du Local à l’Europe (1982-1995) et co-fondateur de l’Université Rurale Européenne en 1987.

 

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28. août, 2020

Marylin Maeso, « Les conspirateurs du silence » , 

Paris, Ed. de l’Observatoire, 2018, 172p.

Normalienne, agrégée de philosophie, cette jeune trentenaire s’est déjà fait connaitre lors d’interventions d’émissions radios et TV. Marilyn Maeso se revendique haut et fort de la pensée camusienne : « Nous étouffons parmi les gens qui croient avoir absolument raison, que ce soit dans leurs machines ou dans leurs idées. Et pour tous ceux qui ne peuvent vivre que dans le dialogue et  dans l’amitié des hommes, ce silence est la fin du monde ». En affichant cet extrait d’Actuelles « Le siècle de la peur » en exergue de cet ouvrage, la référence à Albert Camus est actée. Du coup la problématique annoncée dans le titre de ce livre s’éclaire !

Nous ne pouvons pas passer « sous silence ! » le fait que ce premier ouvrage de Marylin Maeso est publié dans la collection « La Relève » dirigée par la marraine de « Tarbes en Philo » : Adèle Van Reeth !

 « Ce n’est pas par hasard  si on ne peut plus rien dire » : pour la philosophe cette formule est souvent celle des intervenants que l’on entend le plus dans les médias entre autres, premier paradoxe selon elle ! C’est la raison pour laquelle Marilyn Maeso consacre de nombreuses pages au fonctionnement du réseau Twitter. D’entrée de jeu elle en estime qu’on peut « tout à fait s’engueuler, sans cesser de se respecter ». Pour l’auteure cette mise en tension trouve toute une expression, surprenante, dans l’étude critique qu’elle effectue longuement sur les travaux de Houria Boutelja. La philosophe ne conteste pas la cohérence des propos tenus par ce leader des « Indigènes de la République ». Par contre, Marilyn Maeso contre argumente, pieds à pieds, suivant la cohérence du philosophe qui doute… Il s’agit bien de  « casser le miroir des certitudes » pour retrouver le sens du dialogue : « Je suis pour la pluralité des positions. Es-ce qu’on peut adhérer au parti de ceux qui  ne sont pas surs d’avoir raison ? Ce serait le mien. Dans tous les cas, je n’insulte pas ceux qui ne sont pas avec moi. » Albert Camus. Via cette approche critique des « Indigènes de la République », Marilyn Maeso nous propose d’entrer dans le monde de l’essentialisme : le primat de l’essence sur l’existence, de l’inné sur l’acquis… Un questionnement contemporain de thèses qui reviennent sur le devant de la scène. Celles-ci furent  développées, entre autres, par Platon et Saint Augustin en leur temps. Thèses « radicalistes » qui conduisent aujourd’hui à déboulonner les statues car on ne met plus en cohérence les situations complexes dans leurs contextes historiques....

Marilyn Maeso propose de belles pages pour une lecture philosophique actualisée de nombreux philosophes (Socrate, Platon, Nietzche, Bachelard, Bergson, Sartre…) afin d’analyser, de relativiser les dérives actuelles des réseaux sociaux. A partir de sa connaissance et surtout de sa pratique de Twitter, l’auteure fait une fois de plus appel à Camus pour étudier « la violence confortable » impulsée par ce mode de communication. En effet Camus souligne « … je ne dis donc point qu’il faut supprimer toute violence, ce qui serait souhaitable, mais utopique en effet. Je dis seulement qu’il faut refuser toute légitimation de la violence, que cette légitimation vienne d’une raison d’Etat absolue ou d’une philosophie totalitaire ». Marilyn Maeso est consciente que l’on ne peut pas forcément débattre de tout avec tout le monde. Pour autant, les propos contenus dans cet ouvrage sont des appels constants aux débats contradictoires garants de la démocratie ! 

La bibliographie et surtout la sitographie de bas de page est pour les plus anciens d’entre nous une nouveauté assumée qui inscrit cet essai dans son temps… Les citations d’articles d’actualité, les citations de personnalités contemporaines, apparaissent sous leurs références numériques… Dans le même esprit, Marilyn Maeso ouvre une réflexion sur l’épistémologie scientifique, sujet d’actualité. Partant des travaux originaux du philosophe François Dagonet (1924-2015) sur l’histoire mouvementée et complexe de la classification du vivant (botanique, zoologie…), Marilyn Maeso nous interroge, à la suite de Karl Popper (1902-1994), philosophe des sciences, sur la « falsifiabilité » d’une théorie …

Au-delà  des polémiques stériles, des procès bâclés… de la conformité silencieuse… Marilyn Maeso nous entraine dans une critique des faits et actes de notre monde actuel. S’appuyant sur ses acquis philosophiques, elle nous invite à décrypter les paradoxes qui inondent notre quotidien. Il n’y a pas que le titre qui soit attractif « Les conspirateurs du silence », la nature de cet essai, imprégné de constats actuels, est de l’ordre de L’Education Populaire, abordable pour le plus grand nombre. De mon point de vue, il entre aisément dans la bibliothèque de l’autodidacte curieux !

 

 

 

14. juin, 2020

Je suis de ceux qui apprécient les interventions radiophoniques et télévisuelles de cette philosophe hors normes… En entrant dans la lecture de cet essai, je ne suis pas déçu… Mon courage fut mis à l’épreuve. Au cours de cette lecture j’ai souvent failli chuter face aux multiples références littéraires et philosophiques présentées par l’auteure. Des connaissances qui me sont souvent très imparfaites, insuffisantes et même inconnues. Au final je ne suis pas déçu car j’ai retrouvé tout au long des pages toute la vitalité nécessaire pour assouvir ma curiosité et mon apprentissage continu du champ philosophique.  

Très vite on s’interroge : pour quelle raison Cynthia Fleury n’a-t-elle pas mis de point d’interrogation au titre de cet ouvrage ?  La philosophe précise qu’en explorant la fin du courage nous entrons dans une « épreuve initiatique politique et morale… sans incertitude… », en connaissant « les affres d’un tel parcours… celui du découragement profond… »

Effectivement nous affrontons un rendez-vous secret entre le courage et la peur. Cynthia Fleury clarifie le sens de cette recherche « vivre la peur devient la maxime du courage. Vivre la peur, et là aussi, se tenir à côté. Aristote, dans son examen du courage, va plus loin et aime à distinguer le vrai du faux courage. ». Naturellement cette philosophe convoque nombre d’entre eux tout au long de cet essai,  Bachelard, Jankélévitch, Nietzche mais aussi Sartre et Arendt entre autres… De plus, en sa qualité de psychanalyste, Michel Foucauld est omniprésent. Pour ma part j’ai retrouvé avec plaisir Montaigne « Etre courageux devient alors l’autre versant d’une sagesse » et surtout Camus : « Seul celui qui éprouve et l’effort de Sisyphe et la peur du diable est courageux. » Avec surprise de ma part, Cynthia Fleury convoque longuement Victor Hugo qui, pour elle, « n’est pas le poète retiré des affres du monde. Il est  celui qui a affronté tous les « dires vrais », parrèsiastiques, politico-poétiques. »Chemin faisant j’ai découvert le vocable « parrèsiaste » qui, en philosophie, est celui ou celle qui pratique la libre parole, le franc-parler…

La version initiale de la « Fin du courage » est parue en 2011. Dans  les nombreuses pages consacrées à la politique du courage Cynthia Fleury aborde  l’éthique du politique qui pour elle est « l’incomplétude de la justice et du courage ». La question du populisme est très présente  dans cet essai. La philosophe explicite son propos « la parrasêstia n’est pas affaire de communication, elle relève de l’adoxia. Autrement dit, elle prend le risque de déplaire (et non pas de plaire en déplaisant ou en provoquant, voie de la communication polémique à tendance blasphématoire et populiste) » De belles pages sont consacrées par Cynthia Fleury pour étayer « l’électoralisme ou la forfaiture du courage ». Une thèse développée à partir des travaux de Victor Hugo (œuvres complètes singulièrement les pages consacrées à  « Napoléon le petit ») fervent défenseur du suffrage universel. Pour Cynthia Fleury « L’étude du courage politique et moral se présente comme un enjeu révélateur dans la mesure où il dit la norme par son absence et sa rareté et l’exceptionnalité par sa concrétisation. L’étudier participe d’une théorie éthique plus globale.

Née en 1974, Cynthia Fleury est psychiatre de formation, titulaire de la chaire de philosophie à l’Hôtel Dieu à Paris (une première) et professeure titulaire de la chaire Humanités et santé au Conservatoire National des Arts et Métiers. « Face à la falsification du courage : la fin du peuple et le déshonneur des élites ? » sujet d’une cruelle actualité on peut appréhender la question sur les sociétés de défiance qui sont des sociétés du déshonneur. Cynthia Fleury fait appel aux travaux de Michel Foucault pour montrer que la franchise et la sincérité de l’être humain ne se réfèrent pas seulement à des qualités psychologiques mais également à des dimensions politiques. Pour cela il convient d’interroger le rapport entre démocratie et vérité mais également la question éthique à partir du moi, du soi et de la vérité… Du coup on comprend aisément que Cynthia Fleury cite Camus, lors de son éditorial courageux de Combat, le 22 août 1944 : « Nous ne sommes pas des hommes de haine. Mais il faut bien que nous soyons des hommes de justice (…). Il n’y a pas deux politiques, il n’en est qu’une et c’est celle qui engage, c’est la politique de l’honneur. » Cynthia Fleury conclue : « Car si l’homme téméraire est toujours solitaire, l’éthique collective du courage est seule durable ».