5. déc., 2017

Comprendre le terrorisme, Bâtissons une société résiliente

Nicolas Hénin, Comprendre le terrorisme, Bâtissons une société résiliente

Paris, ed Fayard, octobre 2017, 278p.

 

Nicolas Hénin (né en 1975) est un ancien journaliste qui connaît bien les questions du Moyen-Orient. Suite à sa prise d’otage (22 juin 2013-18 avril 2014 en Syrie) cet auteur, pour des raisons familiales entre autres, a décidé de devenir consultant et d’animer un Institut : « Action Résiliente ». Il s’agit pour lui de contribuer à la lutte contre le terrorisme et contre toutes les questions liées au radicalisme. Pour bien agir il faut comprendre. A partir de ses expériences personnelles, de ses recherches historiques, avec l’appui d’une importante bibliographie de chercheurs, d’universitaires français et étrangers, Nicolas Hénin nous invite à réfléchir sur les dilemmes posés par le terrorisme (d’après les travaux des anglais David A Alexander (Terreur à Broadway) et Susan Klein) :

-       allier sécurité publique et liberté civile ;

-       prévenir sans alarmer inutilement ;

-       apprendre à gérer l’impensable sans perdre de vue l’essentiel ;

-       être vigilants et prudents sans être paralysés ou paranoïaques

 

Dans une première partie introductive, l’auteur nous propose un rapide historique qui nous rappelle que le concept « terrorisme » est né au 1er siècle en terre sainte ! Les zélotes et les sicaires sont les premiers à assassiner par surprise les romains et autres, juifs en particulier, considérés comme collaborateurs. Tout au long de cet ouvrage nous sommes contraints d’apprendre à distinguer, au fil du temps, ce qu’est la malveillance, le brigandage, le banditisme, la délinquance, la criminalité, l’insurrection, le nihilisme, le fanatisme, l’extrémisme, l’héroïsme, l’intégrisme, le « salafisme », le « complotisme », la guérilla, le terrorisme, la radicalisation, la barbarie…

L’auteur présente des exemples inscrits dans l’histoire mondiale, de la Colombie à l’Irlande du Nord, de l’Egypte à la Norvège, de l’Inde à l’Espagne, du Vietnam à l’Italie, de l Afrique du sud en Allemagne…  En droit français, le terrorisme est défini à l’article 421-1 du Code Pénal comme un ensemble d’infractions listées (atteinte à l’intégrité des personnes, détournent de tous moyens de transports, vols et détériorations, infractions y compris informatique…) « intentionnellement effectués avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation et la terreur ». Il convient d’être attentif pour rechercher les frontières entre terrorisme et toutes les autres formes de violences politiques. Les relations entre guérillas et terrorisme, le crime et le terrorisme… sont étudiées.

 

L’objet central de ce livre consiste bien à proposer une analyse actuelle du terrorisme. Terrorisme que nous subissons actuellement, de façon plus difficile du fait de la radicalisation et de la mondialisation. Tout cela est fortement lié à prégnance actuelle des idéologies intégristes. «  le sujet s’enferme dans une identité unique et enferme corollairement les autres dans une identité étrangère. Il s’enferme aussi dans une pensée de groupe qui lui fait perdre progressivement son autonomie intellectuelle » Nous sommes bien éloignés des principes de tolérance d’ouverture, de liberté et de démocratie qui animent les sociétés civilisées ! Du coup Nicolas Hénin aborde la question du djihad sans complaisances. Nous sommes bien en présence de l’affrontement de deux formes de civilisation :

-       pour les djihadistes, une approche intégriste de l’Islam et des préceptes du coran : « celui qui meurt sans avoir fait campagne ou sans avoir fait campagne meurt d’une mort du temps du paganisme. Le premier degré djihad consiste à évacuer le mal de son propre cœur. Le degré le plus élevé, c’est la lutte armée pour la cause de Dieu » Hassan el Banna (1906-1949) en 1941. Propos du fondateur des Frères Musulmans qui a radicalisé ce mouvement après la 2ème guerre mondiale.

-       du coup les civilisations comme les nôtres leurs ont insupportables : nos sociétés sont perverties par le péché et les tentations et il faut les détruire en les purifiant. La société française laïque est encore plus dangereuse car elle prône la loi des hommes au-dessus de celle de Dieu ! Par exemple pour « beaucoup de Saoudiens… la vision française de la laïcité est « extrémiste » ou « radicale »

 

Nicolas Hénin propose au final des pistes pour lutter contre les extrémistes islamiques. « Comprendre le terrorisme » nécessite de faire appel à toutes les compétences scientifiques. Ce sujet est complexe et les solutions sont multiples. Tout d’abord pour les victimes de ces odieux attentats singulièrement pour les rescapés, traumatisés mais aussi pour l’ensemble d’une population. Es-ce du à nos principes de laïcité ? Le peuple français s’est montré résilient notamment après les attentats de Charlie-Hebdo.

Le concept de résilience est très ancien en sciences physiques plus récemment (1980-1990) employé dans le champ psychosociologique. Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik (né en 1937) précise  « C’est l’aptitude d’un corps à résister aux pressions et à reprendre sa structure initiale. Ce terme est souvent employé par les sous-mariniers de Toulon, car il vient de la physique. En psychologie, la résilience est la capacité à vivre, à réussir, à se développer en dépit de l’adversité ». Nicolas Hénin ajoute : «  Battre le terrorisme c’est vaincre la peur qu’il nous inspire » 

En effet « nous devons vivre avec les attentats comme si  nous étions en paix et combattre leurs auteurs comme si nous étions en guerre ». Mais comment faire la guerre à une idéologie ?

 

Tout d’abord s’attaquer aux causes. Le chercheur norvégien Thomas Hegghammer dégage quatre bien sombres tendances à l’origine, selon lui, de la montée du djihah

-       un bassin de recrutement qui s’élargit dans les zones socio économiques défavorisées où les foyers salafistes effectuent leur « marché » à partir d’hommes et de femmes de confession musulmane…

-       l’augmentation « d’entrepreneurs » du djihad avec notamment le retour des vétérans en provenance des prisons et ou des théâtres de guerre…

-       la persistance des conflits dans le monde musulman au Moyen Orient, en Afrique, en Asie…

-       la persistance  de la liberté d’action dont jouissent ces groupes sur internet…

-       *

Revitaliser les valeurs humaines qui transcendent nos sociétés occidentales afin de rechercher une victoire durable sur l’obscurantisme doit être un horizon, une finalité à promouvoir avec force et vigueur par tous les citoyens. Nicolas Hénin a bien conscience que les solutions passent par une « porte étroite ». Cela nous concerne tous, les politiques doivent inscrire ce projet dans la longue durée. Pour gagner ce combat il faut allier Force Adresse et Résistance. De nombreuses pistes sont à prendre en compte pour « détricoter ce que les groupes radicaux ont patiemment tricoté ».

Un travail de longue haleine où le concept de résilience des populations prend tout son sens. « La résilience est la capacité à vivre, à réussir, à se développer en dépit de l’adversité ». Nous sommes contraints inlassablement à construire et reconstruire individuellement et collectivement pour promouvoir les lumières, l’ouverture aux autres, le progrès et la tolérance…