13. avr., 2018

TARBES en PHILO...

 

Tarbes en Philo : « La Vie… C’est chose tendre que la vie » 7 avril 2018

 

Un grand moment de partages, d’acquisitions de connaissances et d’interrogations philosophiques pour fortifier les principes et les valeurs qui fondent notre vie personnelle, notre vie démocratique et républicaine pour le moins… Je vous propose, ci après, le récit vécu pendant cette journée qui restera gravée dans ma mémoire. Pour illustrer cette notion de récit, j’articule mon propos sur la proposition théorique concernant cette notion évoquée par Boris Cyrulnik (voir le compte-rendu qui suit) 

 

Point de vue et interprétation… Intervention d'Adèle Van Reeth 

 

« Une intervention lumineuse, claire, compréhensible » aux dires mêmes de Boris Cyrulnik rencontré fortuitement le lendemain dans la rue Foch !

La veille lors de l’émission TV « Livres et Vous ». sur LCP animée par Adèle Van Reeth, j’avais apprécié la façon dont elle avait « dynamisé », philosophiquement les propos de Patrick Grainville, tout récent membre de l’Académie Française et ceux de l’ancien premier ministre Emmanuel Vals. J’ai donc constaté, une nouvelle fois, cette même présence, avenante et compétente, sur les planches du Théâtre des Nouveautés.

Adèle Van Reeth nous invite à prendre les chemins de la philosophie sur le thème de la Vie en s’appuyant sur la littérature. D’emblée la conférencière débute son propos en lisant un long texte de Romain Gary. Un exemple, selon elle, pour évoquer avec lucidité l’essence de la vie. Romain Gary fut un personnage complexe, présent au monde (aviateur, résistant, diplomate…), qui a fait le choix de mettre fin à ses jours… Comment parle-t-on de sa vie ? Comment analyse-t-on les malentendus qui secouent chaque vie ? Dans sa conclusion Adèle Van Reeth fait appel au poète et chanteur Jacques Higelin qui vient de nous quitter. Oui, nous demandons beaucoup à la vie pour dominer l’absurdité de l’existence !

Dans le récit philosophique qu’elle met en scène pour l’auditoire, Adèle Van Reeth croise toujours la littérature et la philosophie. Elle fait appel à Bergson pour constamment apprendre à décoller les étiquettes qui nous collent à la peau, qui collent à la peau des autres…

Une approche pédagogique en trois points : dans un premier temps, l’être humain constate qu’il est unique, même si au départ, la vie biologique repose sur le même substrat que la vie végétale et la vie animale ; puis très rapidement, l’Homme est confronté à un débat éthique pour, suivant Camus, apprendre à argumenter son rapport à la vie ; au final, la philosophie prend force et vigueur car l’homme est seul capable de retour sur lui-même…

L’intérêt d’un tel exposé repose également, pour le profane, sur la découverte de nouveaux philosophes tels que Clément Rosset (1939 -2018). Adèle Van Reeth nous rappelle, chemin faisant, les vertus des textes qui survivent à leur auteur. Cela nous aide, dit-elle, à saisir les choses dans leur simplicité… La culture du paradoxe, une nécessité. Clément Rosset, semble-t-il, fut un chantre de l’ivresse. Pour saisir la singularité des choses ne faut-il pas voir double, être ivre au sens propre du terme ? Nous rejoignons la personnalité complexe de Romain Gary, Emile Ajar ou celle de Fernando Pessoaqui a écrit en langue portugaise, anglaise et même en français… sous différents hétéronymes (Alberto Caeiro, Alvaro de Campo et beaucoup d’autres)  « celui qui était personne et multitude… » Adèle avait longuement évoqué cet auteur l’année dernière. Je ne résiste pas à citer à nouveau cet extrait d’un poème de cet auteur découvert suite l’intervention d’AdèleVan Reeth l’année dernière : 

« Je sais éprouver l’ébahissement ; de l’enfant, qui, dès sa naissance ; s’aviserait qu’il est né vraiment ; je me sent né à chaque instant ; à l’éternelle nouveauté du Monde »

A partir de ces constats Adèle Van Reeth nous propose un « hymne à la joie » car c’est sans doute la meilleure façon de maitriser le tragique de la vie, car

- Personne ne demande à être là et pour autant nous devons composer avec…

- Nous sommes face à une certitude : nous allons tous mourir…

- Dans un tel contexte personne nous dit quoi faire… ni les médecins, ni les gourous, ni les philosophes… Pour tout un chacun, peut-être une approche métaphysique qui nous dépasse ?

Adèle Van Reeth nous rappelle l’œuvre de Camus. Je me permets de citer ces dernières lignes du Mythe de Sisyphe publié en 1942 qui illustre bien, de mon point de vue, les propos tenus ce jour par la Philosophe « Je laisse Sisyphe au bas de la montagne. On retrouve toujours son fardeau. Mais Sisyphe enseigne la fidélité supérieure qui nie les dieux et soulève les rochers. Lui aussi juge que tout est bien. Cet univers désormais sans maître ne lui parait ni stérile ni futile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. » 

Adèle Van Reeth conclue «  Je me suis bien amusé, merci et au revoir ! », Merci Madame pour cette approche philosophique stimulante ! Les chemins de la philosophie nous obligent à poursuivre notre quête. Nous vous attendons l’année prochaine pour poursuivre individuellement et collectivement notre chemin !

 

 

Point de vue et interprétation…Intervention de Boris Cyrulnik

« Le sentiment de soi »

 

 Au final, Boris Cyrulnik propose une piste pour des recherches en devenir « la  Psychothérapie de Dieu nous aide à affronter les souffrances et à mieux profiter du simple bonheur d’être. ». C’était la conclusion du compte-rendu effectué récemment à propos du dernier ouvrage de Boris Cyrulnik « Psychothérapie de Dieu »

 

Voir et entendre Boris Cyrulnik en direct est un vrai bonheur. Les 600 « spectateurs » du Théâtre des Nouveautés en sont convaincus. Un discours compréhensible par tous et pour tous ! Les grèves en cours ont permis, « heureusement ? », à Boris Cyrulnik de découvrir Tarbes. Un homme affable très à l’écoute. Je fus témoin de la qualité de celle-ci suite à l’interpellation d’un jeune homme à la terrasse d’un café !

 

Difficile de « rapporter » un compte-rendu de ce récit brillant, dense, illustré, plein d’humour… Comme ce fut le cas avec l’intervention d’Adèle Van Reeth, nous fumes captivés par des récits de vie et en vie !

Lors de la présentation de son plan Boris Cyrulnik a développé cette notion de récit suivant cinq axes :

-       récit préverbal

-       récit solitaire

-       récit partagé

-       récit collectif

-       récit technologique

Cette présentation nous a donc permis de mieux situer les propos du conférencier sachant qu’il a abordé de façon plus ou moins approfondie chacune de ces étapes. Cette approche par le récit n’empêche pas Boris Cyrulnik d’insister constamment sur la nécessité de faire appel à la science. Naturellement, ajoute-t-il, pour mieux comprendre un phénomène nous sommes contraints de réduire l’objet de la recherche. Il faut constamment rendre observable l’invisible… Suite à une question sur un sujet sensible, l’autisme, Boris Cyrulnik a précisé cette démarche scientifique En matière d’autisme, pour lui, des erreurs ont été commises par des approches d’ordre psychosociologiques trop idéologiques. Le neuropsychiatre estime que les recherches en cours qui répondent à des critères scientifiques plus rigoureux, fussent-ils pluridisciplinaires, doivent permettre d’avancer Ajoutant non sans malice la méfiance, le doute du scientifique… « Moins on comprend plus on explique »

 

Boris Cyrulnik est devenu un incontestable spécialiste du récit préverbal. Aujourd’hui il vit avec ce « récit auquel il croit » suivant sa formule… Le scientifique soucieux d’assurer une vulgarisation sérieuse a étayé ses propos à l’aide de diapositives y compris une diapo sur le cerveau… Comme tout chercheur il poursuit sa quête et confrontent ses travaux avec d’autres chercheurs du monde entier. Pour lui « le partage du savoir est le premier pas vers la démocratie » Du coup Boris Cyrulnik reste toujours l’esprit en éveil pour s’émerveiller et s’indigner sur la magie proposée par la communication, l’apport des nouvelles technologies qui précisent selon lui, une face du réel. En même temps,ajoute-t-il ces outils peuvent être aussi « des boites à ordures… » Très méfiant sur le conformisme qui modélise il rappelle que chacun d’entre nous vit dans un réseau de vérités différentes. En conséquence il est absurde de redouter la mort car ce qui est important c’est ce que l’on est quand on est vivant !

Pour illustrer ce propos, lors de notre tête à tête, il m’a invité à me méfier de Wikipédia. Des « malveillants » tentent constamment de polluer les informations données par lui-même et son équipe !

 

Il rejoint Adèle Van Reeth pour convoquer les écrivains qui sont pour lui bien souvent des innovateurs singulièrement sur l’analyse du tragique pour donner sens à la vie (Victor Hugo, Charles Dickens…) Boris Cyrulnik évoque l’œuvre et la personnalité de Georges Perec et singulièrement de son œuvre « la Disparition ». Les thèmes de la disparition et du manque liés aux effets de la shoah sur la famille de Georges Perec induisent ce roman de 300 pages où l’auteur n’utilise pas la lettre e. Pour Boris Cyrulnik,ce sont ces e manquants qui symbolisent la disparition douloureuse des parents de Georges Perec.

Chacun d’entre nous peut se reporter aux travaux de Boris Cyrulnik sur l’attachement, la résilience… Cet éternel chercheur est avant tout un neuropsychiatre humaniste qui intègre des données biologiques, affectives, psychologiques, sociales et culturelles…

 

Difficile de conclure ce récit destiné aux présents au théâtre des Nouveautés ce jour là mais aussi aux absents, à toutes et tous celles et ceux qui auraient souhaité participer à ces conférences! Je propose donc « mon » récit de cette journée, récit qui doit être confronté aux récits de celles et ceux qui ont vécu cette journée. Nous avons bien compris que pour Adèle Van Reeth comme pour Boris Cyrulnik leur propre récit est en constante évolution et qu’il se construit aussi avec les interactions même n verbales avec les participants du jour ! Bien sur cette contribution est une invitation à lire les travaux produits de ces deux personnalités hors norme !

 

 

 

Compte-rendu sommaire : Atelier « le soin… Agir pour la vie »

Animation Claude Brette, intervenants :

Thérèse Laurens, professeur de philosophie, 

Frédéric Boniface, Frédéric Gelber, André Layous, médecins.

 

Ce sont près de 80 personnes qui se sont « pressés » dans la salle « le luciole » au Pari pendant 1h30, montre en main. Un débat « musclé » avec une participation active de nombre des présents. Le soin est bien l’affaire de tous comme l’a rappelé en conclusion inattendue une jeune maman : « je prends soin de mes enfants. »

D’entrée de jeu il a fallu préciser les contours de cette animation. Sur le fond il s’est agi de parler d’accompagnement de la vie plus que d’agir pour la vie. Sur la forme ce fut un choix délibéré  de faire appel à trois médecins pour cette Table ronde.

Sans l’avoir pressenti de la sorte, nous nous sommes bien inscrits dans la suite des propos impulsés par Boris Cyrulnik. Pour ce neuro psychiatre il convient de faire appel à des récits pour comprendre et expliciter la Vie. Dans sa prestation magistrale, Boris Cyrulnik nous a proposé une grille de lecture en cinq approches par le : récit préverbal, récit solitaire, récit partagé, récit collectif, récit technologique… Boris Cyrulnik et Adèle Van Reeth, par ailleurs, ont précisé dans leurs interventions qu’un récit collectif pouvait émerger à tout moment, y compris dans des événements tels que ceux vécus en cette journée.

 

Pour ouvrir le débat, Thérèse Laurens a précisé cette approche philosophique du soin : « Le soin est cette capacité de donner ou de recevoir qui nous concerne tous de la naissance à la mort. Que nous soyons aidant ou aidé, la relation qui se noue à travers le soin met en jeu notre humanité…»

Les organisateurs et les intervenants ne sous-estiment pas les difficultés socio économiques actuelles du secteur de la santé, y compris dans les Hautes Pyrénées. Cette table ronde a permis, un pas de côté, pour montrer une autre face de ce secteur. Les récits de vie proposés par des praticiens aux cursus originaux ont bien mise en valeur la notion d’équipe, de l’application de méthodes adaptées pour accompagner les personnes en souffrance… Pas d’exclusive, à priori, sur les méthodes alternatives développées parfois pour soulager la souffrance.

 

André Layous nous avons disposé d’un témoignage vécu par un praticien militaire ayant eu à accompagner des blessés graves ( para et tétraplégiques, amputés...) à une époque difficile où beaucoup de nos concitoyens ( par exemple les agriculteurs et les commerçants) n'étaient que très partiellement pris en charge par les organismes sociaux... Il a assisté à la montée en puissance de la technicité de tous les intervenants du soin, sans omettre celle des infirmières et autres assistants médicaux… Pour André Layous, il ne faut jamais perdre de vue que la responsabilité du médecin est toujours engagée.

 

Frédéric Gelber fut un médecin généraliste qui a fait partie de celles et ceux qui ont été pionnier sur les questions de soins palliatifs dans le département des Hautes Pyrénées. Il fut également un intervenant reconnu en médecine générale pour assurer la formation continue de ses collègues. Pour lui le relationnel soignant, soigné d’une part et de l’ensemble des équipes pluridisciplinaires (y compris familiales et bénévoles) qui entourent le patient d’autre part, est fondamental. La technique ne fait pas tout !

Frédéric Boniface est actuellement médecin du travail, après avoir eu un itinéraire professionnel conséquent en qualité de médecin militaire notamment sur de nombreux théâtres d’opération. Au début de sa carrière il fut médecin généraliste, intervenant aussi dans le cadre de l’Association Médecins du Monde. En soulignant son expérience dans des champs psychosociologiques spécifiques, relativement fermés (régiment) insiste sur le nécessaire facteur confiance. Ce facteur reste pour lui primordial dans la relation soignant soigné. De plus le médecin n’est plus seul, il est entouré de gens de bonne volonté (des spécialistes au personnel de service)

 

Ces interventions synthétiques des intervenants ont permis d’effectuer un arrêt sur image sur cette question du soin pour tous les participants. Un temps suspendu pour fabriquer un récit collectif, partagé… Tous les thèmes n’ont pas été abordés loin s’en faut. Les médecins présents ont répondu sans détour y compris lors d’une question plus personnelle : en quoi votre pratique a changé votre comportement ? Le médecin est et demeure un humaniste… ayant le souci des autres. L’un d’entre eux a même indiqué qu’au moment de choisir son métier il avait envisagé de devenir avocat ! Toujours pour aider l’autre, les autres…

Nous formulons le vœu que chacun d’entre nous poursuive son propre récit « solitaire »... Au final, ne pratiquons nous pas une philosophie au quotidien ? Comme M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir. Le soin fait partie intégrante de la vie est donc nous oblige à être vigilant pour rester attentif à notre présence dans un environnement mouvant. Chacun d’entre nous devant percevoir « ce qui est mobilisateur, ce qui peut entraîner un ensemble dans un mouvement vital. Ce qui est, au contraire, bloquant, le maillon le plus faible de la chaîne. Ce qui est enfin nouveau, ce qui impose un mouvement, mais qui va entraîner des inadaptations parfois perverses par rapport à l’amélioration attendue »

 

Claude Brette 8 avril 2018