2. oct., 2018

L'audace de sortir de sa zone de confort

« L’audace de sortir de sa zone de confort »

Soirée du vendredi 28 septembre proposée par

FEC 65 (Femmes Chefs d’Entreprises)

Théâtre des Nouveautés Tarbes

Depuis quelques années les tarbais et les bigourdans sont conviés à des rencontres philosophiques mensuelles lors de cafés Philo à l‘Etal 36 d’une part et à des festivals philosophiques annuels d’autre part. C’est ainsi que des personnalités de premier plan ont été accueillies : Luc Ferry, Roger Pol Droit, Boris Cyrulnik… Lors de ces séminaires annuels des travaux en ateliers thématiques ont lieu : Ecole Philo, Soins Philos, également les questions philosophiques liées au monde de l’entreprise sont abordées «  Entreprise Philo… »

En ce vendredi 27 septembre 2018, ce sont les « Femmes Chefs d’Entreprises » qui « ont relevé le gant » en invitant Raphaël Einthoven, philosophe connu et reconnu dans le monde médiatique entre autres... Cette association, présidée par Lucie Hands, fêtait sa trentième année d’existence.

La première surprise fut celle de découvrir une association originale, dynamique, se retrouvant pour échanger autour d’un slogan porteur « Seules nous sommes invisibles, ensemble nous sommes invincibles » Une thématique actuelle au moment où des relations femmes hommes se développent. Les fondements de cette association internationale, FCE, (Femmes Chefs d’Entreprises) remontent à la première guerre mondiale. Une époque où les femmes ont du s’engager dans le monde du travail, dans celui de l’entreprise pour remplacer les nombreux hommes morts à la Grande Guerre. C’est une femme chef d’entreprise qui deviendra la première femme « Maître des Forges », à 22 ans, en 1914, Yvonne-Edmond Foinand (1882-1990) qui va créer l’association « FCE » en 1946. Soulignons que cette chef d’entreprise fut également la première femme à entrer à la section industrielle du Conseil Economique et Sociale…

L’accueil de cette soirée au théâtre  des Nouveautés de Tarbes s’est effectué dans une zone de confort… Les Femmes Chefs d’Entreprises du 65 ont bien fait les choses. 12 jeunes danseuses classiques « ont ouvert le bal… » de façon très esthétique. On comprend aisément que ces jeunes filles ont beaucoup travaillé pour atteindre cette zone de confort utile à la réussite de leur prestation artistique remarquable. L’intervention du président du TGB était pertinente. Ce chef d’entreprise tarbais, principal sponsor de cette soirée, est surtout intervenu comme président du TGB. Alain Coll, dans son allocution, a souligné le fait qu’il était sorti de sa zone de confort pour piloter une association qui promeut au niveau national et international le sport féminin et l’image de la ville de Tarbes…

La seconde surprise fut la prestation de la neurologue Monika Patack-Sapijanskas. Ce médecin nous a présenté un travail scientifique à l’aide d’un power point afin de (re)situer la place du cerveau humain dans la théorie de l’évolution. Des bases nécessaires, selon cette neurologue, pour nous montrer les recherches actuelles sur les « fils d’or » qui « câblent » tout notre fonctionnement humain. Elle s’est appuyée sur les travaux universitaires américains du portugais Antonio Damasio, neurologue, né en 1944. « Neuroscientifique, ses travaux portent sur l'étude des bases neuronales favorisant les apprentissages, l’analyse du comportement » Les recherches sur la complexité du système cérébral gagnent du terrain chaque jour. Monika Patack souligne que notre cerveau est concerné lui aussi par les études sur les émotions et les sentiments. Cette intervention recoupe les propos tenus par Boris Cyrulnik sur l’importance des relations affectives nouées dès la naissance avec de jeunes enfants. Pour ma part j’y ai retrouvé les thèses développées par Joël de Rosnay sur l’épigénétique « Le terme « épigénétique » a été forgé par le philosophe britannique «  Conrad Hal Waddington en 1942 à partir du grec épi, qui signifie « au-delà » ou « au-dessus ». En d’autres termes l’épigénétique englobe des propriétés d’un code au-dessus du code, c'est-à-dire un métalogiciel biologique qui transforme profondément le rôle de la génétique classique… Ces processus sont des événements naturels et essentiels au bon fonctionnement de l’organisme ».  Dans un tel contexteL’importance de l’altérité, de la rencontre de l’autre, des autres depuis la conception… favorisent la créativité qui n’est pas seulement affaire « de câblages technologiques » au niveau du cerveau… Notre zone de confort doit constamment être stimulée…

A partir de cette approche scientifique originale, Raphaël Einthoven a donc pu proposer un exposé à la fois dense et ludique, ouvert… pour montrer en quoi les philosophes pouvaient  contribuer à cette proposition des organisatrices : « l’audace de sortir de notre zone de confort ». Pour cela il convient :

-       soit d’éviter de devenir des caméléons pour se fondre dans l’anonymat (Céline) ;

-       soit de ne pas être « chosifié de son vivant » (Sartre)

Avec une présentation à caractère théâtrale, Raphaël Einthoven assume son côté professoral, son érudition… Son discours est ponctué de citations inscrites dans le temps long : de Socrate en passant par Descartes jusqu’à Camus. Le philosophe a insisté sur l’œuvre de Bergson pour nous inciter à lutter contre la force de l’habitude ! Raphaël Einthoven s’est fortement appuyé sur les travaux de Montaigne. « Il faut apprendre à vivre à l’intérieur du doute », apprendre la dialectique pour convaincre, accepter la contradiction, prendre en compte un argumentaire différent…

La philosophie nous entraine toujours sur des chemins paradoxaux et nous invite à dominer nos peurs et rechercher la confiance en soi, la confiance aux autres. Etre un professionnel disposant de bonnes pratiques pour construire des projets dans le temps nécessite de disposer d’une zone de confort pour répondre aux exigences techniques, économiques, socioculturels exigés par le client, la société… En même temps, et c’est bien la réussite de ces échanges fructueux, il convient d’être vigilant pour, tout à la fois, être attentif aux enjeux actuels, à rechercher les voies de la créativité « en nageant à contre courant » en ayant « l’audace de sortir de sa zone de confort »

Etre curieux, encore Montaigne, pour s’indigner et s’émerveiller. La chef d’entreprise, la citoyenne se doit de faire confiance car « prédire le pire c’est sur d’avoir raison ». On comprend aisément qu’une chef d’entreprise, une scientifique, une philosophe ne puisse pas se contenter d’un tel aphorisme.  On ne peut pas exister à 100% dans l’inconfort… Pour cela, en même temps, ne devons nous pas constamment renaitre, faire preuve de (re)création surtout lorsque nos sommes confrontés à des situations professionnelles difficiles (question d’une soignante dans la salle) « Il est dans la nature du commencement que débute quelque chose de neuf auquel on ne peut pas s’attendre d’après ce qui s’est passé auparavant. (…) Le nouveau apparaît donc toujours comme un miracle. Le fait que l’homme est capable d’action signifie que de sa part on peut s’attendre à l’inattendu, qu’il est en mesure d’accomplir ce qui est infiniment improbable. Et cela à son tour n’est possible que parce que chaque homme est unique, de sorte qu’à la naissance quelque chose d’uniquement neuf arrive au monde ». Les travaux d’Hannah Arendt ont été rappelés en conclusion par Raphaël Einthoven. Du coup, cette citation d’Hannah Arendt nous incite à toujours faire preuve d’audace pour renaitre et créer !

Claude Brette

Octobre 2018