20. nov., 2018

Raconter sa vie...

Cafés-Philos décembre 2018 : Pourquoi raconter sa vie ?

Témoignage d’un autodidacte qui continue à construire « une » vie à partir de pratiques sociales, culturelles… diverses et originales comme ce que nous vivons les uns les autres dans le cadre des « Cafés philos »…

« Raconter sa vie », une thématique pertinente dans ce monde complexe. Aujourd’hui comme hier « Faire sa vie n’a jamais été facile. La gagner, non plus. La comprendre, encore moins. » De plus nous sommes tous concernés de la naissance à la mort par les progrès de la science, de la biogénétique en particulier…   Cela augmente nos questionnements sur le sens de la vie...

Un clin d’œil tout d’abord à tous les conteurs qui racontent souvent un récit de vie qui  traite de la réalité « le conteur est un menteur qui dit vrai ». Souvenons-nous de cette tradition orale du monde rurale lors des soirées au coin du feu… Cet univers de l’oralité qui remonte également aux troubadours et ménestrels du Moyen-âge…

Les démarches autobiographiques orales et plus souventes écrites sont entreprises souvent pour laisser des traces pour nos successeurs, les petits enfants souvent… Mais cela peut aller plus loin avec « des écritures du moi », parfois de simples journaux pour conserver une mémoire fusse-t-elle personnelle… Les plus hardis peuvent se lancer dans des romans autobiographiques publiés à compte d’auteurs… Ces écrits peuvent également aider dans des démarches d’ordre psychanalytique…

En effet, les pratiques d’« histoires de vie » s’appuient sur différents genres d’« écritures du moi » (biographies, autobiographies, journal, mémoire, arts visuels…), afin de retrouver, de donner de la signification à des faits temporels personnels.

Quels nouveaux savoirs ces pratiques introduisent-elles ? Dans quelle mesure modifient-elles les dispositifs d’information sociale ? Que signifie enfin cette entrée progressive de la vie dans l’histoire, et de l’histoire dans la vie ?

De plus, les histoires de vie occupent une place croissante dans la recherche dépassant le cadre littéraire. Dans le champ de la Psychologie, de la Sociologie, des Sciences sociales et humaines et même de la gestion…

Du coup ces biographies raisonnées, ces pratiques évaluées, ces confrontations avec les théories universitaires entrent dans le cadre de la Recherche fondamentale et débouchent ainsi sur de nouveaux savoirs construits.

Cette valorisation et validation des savoirs, présentés sous forme de récit de vie, acquis par la vie socioprofessionnelles trouvent toute leur place dans les Sciences de l’Education : par exemple par le biais de la mise en place des systèmes de VAE  (Valorisation des Acquis de l’Expérience) développées depuis quelques années en France.

Ces approches de validation des récits de vie par le monde universitaire sont peu considérées dans notre Pays. Elles sont plus affirmées au Canada en Suisse, en Belgique ou encore, historiquement, depuis le début du XXème siècle par l’Ecole de Chicago entre autres. Une aide indiscutable qui s’inscrit dans l’Education tout au long de la vie… de l’autoformation assistée… Pour ma part j’ai eu la chance d’accéder à ce cheminement intellectuel dans les années 1980 par le biais de l’Institution du Collège Coopératif. Ceci était lié au fait que des Directeurs de Recherches, Habilités par les Ecoles doctorales de grandes universités (Sorbonne, Lyon II entre autres…), acceptaient d’encadrer des « étudiants avec un passé professionnel » pour les accompagner en maitrise, DEA et thèse… ce qui fut mon cas… Apparemment, aujourd’hui de tels parcours universitaires ne permettent plus l’accès aux thèses au mieux aux seuls DESS !

Ces validations, valorisation de nombreux récits de vie permet donc :

-       d’expliciter un projet professionnel, 

-       d’effectuer un diagnostic sur ses propres capacités en maitrisant son temps et son énergie, 

-       de donner un sens à son autoformation, 

-       d’affirmer une consistance aux savoirs acquis pour étayer de nouveaux savoirs, de nouvelles perspectives intellectuelles et professionnelles…

-       d’accéder à des cursus universitaires…

Dans cet esprit il faut saluer le travail extraordinaire réalisé par le CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers) devenu un grand établissement d’enseignement supérieuret de recherche. Fondé par un révolutionnaire, l'abbé Grégoire, à Paris le 19 vendémiaire an III   (10 octobre 1794) pour « perfectionner l'industrie nationale »Le CNAM est avec l’Ecole Polytechnique et Normale Supérieure une des trois créations de la Révolution française… de nombreux ingénieurs ont été formés par « des cours du soir » dispensés par le CNAM. Le CNAM comme toutes les institutions qui œuvrent pour la promotion individuelle et collective de tout individu de tout citoyen sont des héritiers de l'esprit des Lumières.

« Les paroles s’envolent, les écrits restent », affirme l’adage… En sélectionnant ce que l’on veut laisser à la postérité, le but est de « construire du sens », suivant de nombreux psychologues. Chemin faisant, « Raconter sa vie », à l’oral comme à l’écrit, peut permettre, aussi, de faire vivre « dans d’autres que soi »des choses jugées importantes, dignes d’être préservées…

Claude Brette novembre 2018