31. mars, 2019

Alain Badiou et Laure LANCELLIN - Eloge de la politique,

 

Éd. Flammarion (champs-Essais), mars 2019

Alain Badiou (né en 1937) sera présent à Tarbes ce13 avril 2019… Dans les années 1980, j’avais suivi les travaux de ce philosophe lorsqu’il intervenait à Vincennes, devenu l’Université Paris VIII. J’avais eu connaissance de ses engagements au Parti Socialiste puis au PSU, puis de son militantisme « maoïste » qui l’ont conduit à être au centre de profondes critiques socioculturelles, politiques et épistémologiques avec de nombreux philosophes contemporains. D’ailleurs Alain Badiou n’hésite pas à les mettre en cause dans cet essai, car, pour lui, ces renégats des années 1980-1990 « Debord, Glucksmann, Bernard-Henry Levy...) ont rejeté leur passé « révolutionnaire ».

Je fus donc très curieux de découvrir cet essai « vif et engagé » d’autant que la philosophe et journaliste, elle aussi militante proche du mouvement la France Insoumise, Aude Lancelin rejoint aisément Alain Badiou pour critiquer de façon acerbe les institutions politiques (le coup d’état démocratique d’Emmanuel Macron !), le capitalisme ambiant (actuellement le capital ne se cache pas et avance en pleine lumière).

Nous ne sommes pas déçus par des propos décapants au moment où les concepts de « socialisme » et de « communisme » ne sont plus « en odeur de sainteté » dans notre Pays. Dans cet « Eloge de la Politique » Alain Badiou affirme « de toutes les entreprises artistiques, scientifiques, amoureuses ou politiques dont l’humanité s’est avérée capable, le communisme est sans doute la plus ambitieuse… »  En effet, pour ce philosophe il s’agit bien « de la capacité d’un collectif humain à s’emparer lui-même de son destin et de sa configuration ». Pour cela il étaie son propos sur des exemples : La Révolution française (1792-1794) ; la Révolution culturelle en Chine (1965-1970 ;   Haïti, avec Toussaint Louverture (1791-1802) ; la Révolution russe (1917-1929)…. Dans une partie édifiante, à la question d’Aude Lancelin : « Pourriez-vous nous rappeler simplement quels sont à vos yeux les grands principes du communisme ? » Alain Badiou répond clairement, le lecteur ne sera pas déçu ! On s’attardera aussi avec intérêt sur une problématique évoquée par ces deux auteurs sur « le prolétariat nomade ». Ce concept n’est pas nouveau pour Alain Badiou, pour faire face à toutes les provenances des travailleurs (langues, coutumes, religions…), il précise « L’organisation maoïste à laquelle j’appartenais a proposé, dès les années 1970, comme je l’ai déjà rappelé, la notion de prolétariat international de France. »

La lecture de « Cet Eloge de la Politique » s’impose encore plus aujourd’hui, car nous disposons, en filigrane, d’une grille d’analyse sur les événements actuels  proposés notamment par les Gilets Jaunes. Alain Badiou note que ces réflexions sur le fonctionnement de la démocratie, Demos, le peuple ; Kratos, le pouvoir ; ne datent pas d’aujourd’hui : «  Rousseau par exemple, qui est au XVIIIème siècle l’un des plus grands théoriciens de la démocratie, considérait que la figure représentative de type anglais ne méritait pas ce nom, qu’elle n’était pas démocratique parce qu’elle était la désignation périodique de représentants qui faisaient en réalité à peu près ce qu’ils voulaient et mentaient au peuple comme des arracheurs de dents »

Dans son questionnement Aude Ancelin sollicite Alain Badiou pour qu’il définisse «son système philosophique ». Sachant que la philosophie politique, de façon générale, s’attache aux questions morales, éthiques qui fondent le pouvoir politique, l’Etat, le Gouvernement, Alain Badiou estime que la politique est « organiquement liée à la catégorie de justice ». On doit pouvoir constater que l’humanité est en état de décider de son destin dans « une figure essentiellement pacifiée parce qu’égalitaire ». Alain Badiou montre que la philosophie est de l’ordre de l’Universel citant Spinoza « Expérimentez que vous êtes éternels».  Cette référence de Spinoza renvoie à un autre philosophe contemporain, André Comte Sponville qui, lui aussi vient de publier un ouvrage « Contre la peur » chez Flammarion. Dans le journal du Dimanche de ce jour 31 mars 2019, André Comte-Sponville cite également Spinoza sur « les passions tristes » la haine, l’envie, le mépris et pour cela contrairement à Alain Badiou, on se doit de rester « partisan de la démocratie représentative. ». Le débat est donc ouvert !

 

Cet « Eloge de la Politique » permet tout à la fois : 

-      un retour dans le passé, une grille d’analyse historique, sur les grands débats politiques qui animent l’Occident depuis le XIXème siècle (Marx en particulier) ; 

-      une tentative de théorisation des mouvements actuels en France certainement, mais aussi au regard des grands enjeux mondiaux et de nouveaux possibles politiques (De quoi la Gauche est-elle aujourd’hui le nom ?) ; 

-      une approche originale pour le futur avec des propositions dont la réhabilitation du communisme !

Tout cela dans une approche philosophique qui laisse toute sa place à la critique… N’oublions pas que les travaux de cet éminent philosophe sont appréciés mondialement… Paradoxalement ?  surtout aux Etats-Unis !

A lire impérativement.