1. févr., 2020

Absurde, Révolte, Amour - Une Education à la Liberté, l’Egalité, la Fraternité

Essai à partir des travaux et de la personnalité d’Albert Camus (1913-1960)

Pour ma maman (1916-2014) « Avec celui, « celle » que nous aimons, nous avons cessé de parler, et ce n’est pas le silence »  René Char (1907-1988)

Avertissement : les citations en italique sont celles d’Albert Camus

Avant propos : Les raisons d’un choix :

-        En 2020, il y a 60 ans, le 4 janvier 1960, Albert Camus se tuait dans un accident de voiture. En ce début d’année, de nombreuses émissions de Radios et de Télévisions lui sont consacrées.

-        Récemment en évoquant ce prix Nobel de la Paix, un voisin âgé m’a confié un texte qui l’avait beaucoup marqué dans sa jeunesse « La crise de l’Homme » (Texte de la conférence donnée par Albert Camus à l'université de Columbia (New York) le 28 mars 1946)

-        De plus un ami de longue date Alain Behm m’a offert un remarquable travail personnel sur la vie et l’œuvre d’Albert Camus. Son père Georges Behm, né en 1911 en Algérie, fut un contemporain d’Albert Camus y compris en pratiquant le football au Red Star Algérois.

 1/ Un point de vue d’un enfant de l’Education Populaire : 

 « Je laisse Sisyphe au bas de la montagne. On retrouve toujours son fardeau. Mais Sisyphe enseigne la fidélité supérieure qui nie les dieux et soulève les rochers. Lui aussi juge que tout est bien. Cet univers désormais sans maître ne lui parait ni stérile ni futile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. » (Dernières lignes du Mythe de Sisyphe publié en 1942)

J’ai terminé mes études en première. Les seules matières qui m’intéressaient à l’époque : le Français, l’Histoire et la Géographie. Ce ne fut pas suffisant pour obtenir la première partie du baccalauréat…en 1962 ! Par contre j’ai lu « l’Etranger » et « Caligula » Je fus loin de comprendre ces textes… Dans mes engagements sociaux et professionnels dans les années 1970, les thèses marxistes m’ont plus attiré. De même je fus sensible aux engagements sociopolitiques de Sartre (1905-1980) « Faire et en faisant se faire et n’être que ce que l’on est » qui me laissaient entrevoir les « vertus » de l’existentialisme… Lors de mes études universitaires à venir, dans les années 1980, je me suis orienté par nécessité sur des références livresques à caractère plus psychosociologiques : Durkheim (1858-1971), Piaget (1896-1980), Mounier (1905-1950), Desroche (1914-1994)…   tout en restant attirés par les thèses marxistes de Bourdieu (1930-2002), Passeron (né en 1930)… De façon plus originale, j’ai côtoyé les institutionnalistes de l’Université de Vincennes. Cette Université créée après 1968 par le ministre de L’Education Nationale de l’époque, Edgar Faure (1908-1988), est devenue l’Université Paris VIII. J’ai eu la chance de côtoyer Lapassade (1933-2000), Lourau (1924-2008), Ardoino (1927-2015) (Hess (né en 1947)… J’ai appuyé mes travaux universitaires sur des autobiographies raisonnées, des récits de vies promues par les chercheurs québécois et le français Gaston Pineau (né en 1939). Au fil des années je suis devenu et je reste un « braconnier du savoir » qui fréquente les chemins de traverses…

Septuagénaire, d’un seul coup, j’ai découvert de façon plus approfondie, la vie et les travaux de Camus. Ceux-ci résonnent très fort en moi ! Une nouvelle étape pour poursuivre une vie personnelle riche en expériences de toutes natures. A Paris et même à Montpellier la fréquentation de bibliothèques était plus aisée. Aujourd’hui j’avoue être aidé par l’utilisation « intelligente », je l’espère, du web. A partir des bases acquises pendant ces cinquante dernières années, mes recherches s’enrichissent, se complètent au fil des compléments d’informations proposés par Wikipédia… Chemin faisant comme tous les autodidactes plus j’avance plus je me rends compte de mon ignorance…

"Mal nommer un objet, c'est ajouter au malheur de ce monde. Et justement la grande misère humaine qui a longtemps poursuivi Parain et qui lui a inspiré des accents si émouvants, c'est le mensonge. Sans savoir ou sans dire encore comment cela est possible, il sait que la grande tâche de l'homme est de ne pas servir le mensonge."(Poésie 44) Brice Parain (1897-1971) était un philosophe ami intime d’Albert Camus.

Méthodologiquement je reste fidèle à « l’Entrainement Mental » et à l’un de ses promoteurs devenu un ami Jean-François Chosson (1928-1998) qui fut, entre autres, secrétaire général du mouvement d’Education Populaire, Peuple et Culture. Une application constante des opérations mentales qui permettent de progresser lorsque nous ne disposons pas de la culture initiale « cultivée » proposée par l’Ecole, le Lycée, l’Université : Enumérer-Décrire ; Comparer-Distinguer ; Classer-Définir. C’est ainsi que j’ai pu retrouver cette dernière citation de Camus qui fait parfois polémique ! L’objet de cet essai se situe bien dans les nécessaires équilibres qui touchent à l’évaluation d’une vie. Camus nous aide avec l’approfondissement de façon croisée de ces trois concepts l’Absurde, la Révolte et l’Amour. Une méthodologie qui nous entraine à rechercher les voies et moyens entre :

-        la spécialisation à outrance et la non moins approche globale des faits et gestes du monde qui nous entoure ; 

-        la présence de l’individu, de l’entreprise, de l’organisation, de l’institution dans un espace repérable de l’ordre du local et l’inscription de chacun d’entre nous dans des enjeux mondiaux qu’ils soient techniques, économiques, juridiques, sociaux ou culturels ; 

-        l’implication de chacun pour agir au quotidien sans omettre la nécessaire distanciation afin de mesurer les écarts entre la pression de l’environnement et les moyens recherchés pour gérer la réalité.

2/ En marche vers le bonheur ? L’inaccessible étoile avec Camus !

« J’ai grandi dans la mer et la pauvreté m’a été fastueuse, puis j’ai perdu la mer, tous les luxes m’ont paru gris, la misère intolérable. » (L’Eté 1954)

Dans mes nombreux voyages professionnels ou personnels je n’ai jamais supporté la misère. J’ai souffert avec les mendiants au Maroc, les habitants noirs des towns ships ((Seveto) en Afrique du Sud, les enfants de la rue au Brésil et en Roumanie, les modes de vies de mes collègues enseignants observés en Pologne, en Bulgarie…et même les quêtes d’autochtones pour obtenir un dollar afin de « mettre de l’essence » dans une Buick délabrée dans le Wisconsin aux Etats-Unis… Aujourd’hui encore je « culpabilise » de ne pas pouvoir aider plus mes contemporains dans la difficulté. A chaque fois, dans ces situations, la vie de mes grands parents adorés, « métayers de métayers », remonte à la surface. Ce n’était pas les vertus de la mer mais celles de cette terre trop souvent ingrate pour les miens depuis très longtemps semble-t-il ! Mon grand père paternel, ouvrier agricole, ne savait ni lire et écrire et avait tiré le mauvais numéro pour effectuer un service militaire de 7 ans qui l’a conduit en Afrique Equatoriale… Pour son frère ce fut la Nouvelle Calédonie !

Pour autant ces hommes et ces femmes avaient une vie sociale et des moments de bonheur… Camus aimait la danse, la valse en particulier… Mon grand père maternel, entre les deux guerres, était invité dans les fêtes familiales, les rencontres villageoises en les animant par le chant et la danse. Une activité complémentaire qui lui permettait de gagner « quelques sous » pour alimenter la bien pauvre caisse familiale… Mon père également était un chanteur et un danseur… J’ai découvert un cahier de chant décoré par ses soins qu’il avait écrit pendant son service militaire… Pour ma part, je poursuis cette tradition familiale de façon quasiment innée en ce qui concerne la danse… Chemin faisant, dans les années 1980, j’ai effectué une contribution écrite dans un livre collectif consacré à la valse. Dossier réalisé sous la direction de Rémi Hess. Cet universitaire, ethnologue a consacré de nombreuses recherches sur ce thème. Encore de nos jours, pour un homme, le fait de danser la valse augmente son potentiel de séduction…

En visionnant récemment le téléfilm consacré à Albert Camus, réalisé en 2009 par Laurent Jaoui, j’ai constaté que Camus était un valseur impénitent, jusqu’à en perdre le souffle… Du coup je me suis rendu sur Youtube pour découvrir d’autres dossiers consacrés à cet auteur. J’ai été très impressionné par une émission Bibliothèque Médicis de 2012 où les témoignages de sa fille, de Jean Daniel, de Robert Gallimard, cousin de Michel Gallimard, l’ami d’Albert Camus ont témoigné sur la personnalité séduisante, attachante de leur père et ami, de son attachement indéfectible à sa mère. Dans une autre émission de Bibliothèque Médicis, j’ai découvert sa petite fille, avocate, ainsi qu’une universitaire américaine spécialiste de littérature contemporaine qui a consacré un ouvrage conséquent sur la seule analyse de l’Etranger ! Cette chercheure montre bien que Camus est devenu un citoyen du monde. Ses œuvres sont intemporelles et fascinent par sa recherche de la justice, de l’humanisme et de la quête de sens… « L’histoire de ma famille qui, étant pauvres et sans haine, n’ont jamais exploité ni opprimé personne. Les trois quarts des français leur ressemblent… » (Chroniques Algériennes 1958). Ce n’est pas un hasard si le rappeur Abd Al Malik originaire des cités, ayant eu une jeunesse difficile, devenu camusien, affirme haut et fort « Il m'a fallu déconstruire pour reconstruire. Mais rien de bon ne peut sortir hors de l'amour et hors de l'acceptation de l'autre »

Dans ces visionnements successifs j’ai donc perçu les trois phases évolutives, les trois temps (encore la valse) forts qui ponctuent la pensée de Camus : l’Absurde (L’Envers et l’Endroit, l’Etranger), la Révolte (l’homme révolté, la Chute…) et l’Amour (le premier homme…)

        L’Amour

Je commencerai par l’Amour. « Je comprends ici, ce qu’on appelle gloire : le droit d’aimer sans mesure » (Noces à Tipasa, 1938) En ce qui me concerne après la culpabilité, la gloire… En 1986 lorsque j’ai obtenu mon doctorat à l’Université, j’avais atteint, à 46 ans, une forme de gloire. Elle était dédiée à mon père, ouvrier agricole décédé depuis près de 10 ans et ma maman qui lui a survécu jusqu’en 2014. Une similitude relative avec la vie familiale d’Albert Camus. Ma mère m’a appris le respect des autres, l’humilité, à se contenter du peu que la vie lui apportait. Elle se satisfaisait du bonheur de ses enfants, petits enfants, arrières petits enfants naturellement mais aussi de tous celles et ceux qui l’entouraient. Une abnégation difficilement compréhensible pour subir la dureté de sa vie quotidienne (épouse d’un ouvrier agricole, exploitante agricole, femme de ménage, cantinière). Une certaine soumission inculquée par l’éducation catholique. Une détermination pour avoir été, singulièrement à partir de 1946 (droit de vote pour les femmes), une citoyenne fidèle attachée à la vie citoyenne démocratique (maman a toujours voté ou donné un pouvoir de vote jusqu’à la fin de ses jours…). 

N’ayant pas ou très peu voyagé elle m’a toujours accompagné dans mes périples, curieuse et intéressée par mes rencontres. Aujourd’hui encore elle m’oblige à témoigner. Pour paraphraser Catherine Camus à propos de son père « Elle m’a tenu debout, elle me tient toujours debout ». De plus elle m’a transmis cette curiosité théorisée par Montaigne pour m’indigner de ce qui est injuste et surtout m’enthousiasmer pour toutes les choses de la vie… Un amour sans limite pour les siens, pour les autres… Paraplégique, les 20 dernières années de sa vie, elle résidait dans une maison adaptée. Le jour de ses obsèques la grande majorité des personnels de cet établissement était présent !

Camus reconnaissait qu’il était lui-même un homme solitaire. Et pourtant il appréciait le contact avec les autres, les femmes en particulier. Professionnellement, pendant près de 20 ans j’ai parcouru la France rurale pour valider et valoriser l’action, souvent bénévole, de ceux et celles (les dentellières économiques et sociales) qui maintenaient, développaient un monde rural afin qu’il demeure attractif « un monde rural de vies et en vie… » J’ai aimé toutes ces personnes rencontrées : naturellement pendant les échanges consécutifs à des interventions, l’organisation de travaux collectifs ; mais aussi à l’issue de ces rencontres qui se terminaient le plus souvent par des chants et des danses. Il en fut de même lorsque je fus conduit à travailler sur ces mêmes sujets à l’échelle européenne…y compris pendant un mandat à la Commission Française auprès de l’UNESCO…

Je fais mienne cette assertion d’un ami Paul Harvois (1919-2000) : « Marchant vers l’utopie, nous avons toujours eu les pieds sur terre, serviteurs de l’administration, gens de progrès, nous avons refusé les dichotomies politiciennes abusives. Formant des êtres libres et généreux nous sommes restés solitaires et solidaires. ». Aujourd’hui, je suis convaincu que Paul Harvois était un disciple d’Albert Camus. Ce créateur de l’Education Socioculturelle dans l’Enseignement Agricole Public se considérait comme un « homme global ! ». Devenu haut fonctionnaire au Ministère de l’Agriculture il fut toujours considéré comme un homme libre, franc-tireur pour beaucoup de ses collègues.

« C'était un homme affectueux et pacifique autant qu'un penseur très exigeant. Il savait que la philosophie signifie l'amour de la sagesse et donc aussi d'une certaine façon l'amour des autres, car on n'est jamais sage tout seul. » David Brunat, philosophe dans son ouvrage "Phamphlettres" fait parler ainsi la mère de Camus « La Lettre de la mère d'Albert Camus à Michel Onfray ». Lors de la polémique entre Michel Onfray et Benjamin Stora qui a eu lieu à l’occasion du centenaire de la naissance de Camus en 2009, de nombreux textes sont parus.

On ne peut pas passer sous silence les événements d’Algérie… En écrivant ces lignes je me réfère au dossier d’Alain Behm qui souligne « Camus n’a pas été silencieux sur l’Algérie ; il s’est exprimé le plus clairement possible dans une situation difficile » On peut aisément imaginer sa souffrance lui qui aimait les autres tous les autres… « Le peuple arabe existe. Je veux dire par là qu’il n’est pas cette foule anonyme et misérable où l’occidental ne voit rien à respecter et à défendre. Il s’agit au contraire d’un peuple de grandes traditions et dont les vertus sont premières » « je n’ai jamais séparé dans mon amitié aucun des hommes qui y vivent… » (Actuelles 3, 1958)

Alain Behm ajoute « le jeune algérien qui a interpellé Albert Camus lors de la remise du prix Nobel, Saïd Kessal ne connaissait pas vraiment l’œuvre de Camus à cette époque. Il lit  Camus … et vient à Lourmarin déposer des fleurs sur sa tombe. »

 La Révolte

« Je ne vois pas ce que l’inutilité ôte à ma révolte et je sens bien qu’elle lui ajoute. » « Il s’agit de mourir irréconcilié et non pas de plein gré » (Carnets, 1962)

Alain Behm résume bien, me semble-t-il ce concept de Riposte en synthétisant l’ouvrage de Jean-François Mattéi (1941-2014), Philosophe, « Albert Camus et la pensée de Midi » : 

« Penseur solaire…le ciel et la mer…

Philosophie méditerranéenne

Le consentement inséparable de la révolte

Le oui en tension avec le non

Harmonie entre la terre, le monde et le soleil

Appétit de vivre dans ce monde qui n’a pas de sens supérieur

Hommage à la mesure ; la révolte n’autorise pas tout. »

Le Larousse propose plusieurs acceptations du mot révolte, je retiens  celle-ci au regard de cette contribution « un sentiment violent d’indignation et de réprobation». Pour Camus la Révolte est affaire de mesure ; Une analyse subtile entre le oui et le non. « Qu’est-ce qu’un homme révolté ? Un homme qui dit non. Mais si il ne refuse pas c’est aussi un homme qui dit oui, dès son premier mouvement » (L’homme révolté, 1951)

En ce qui me concerne, après réflexions, suite à la lecture de Camus la Révolte serait, avant tout, un moteur pour l’action ! « La modestie m’aidait à briller, l’humilité à vaincre… »

Camus s’est souvent retrouvé seul, singulièrement au lendemain de la guerre 39-45 et lors des événements d’Algérie à partir du drame de Sétif en 1945, pour combattre et se révolter contre les dérives de son temps : le colonialisme, le fascisme et le communisme... « Dans une France où une figure internationale, médiatique, cohérente, courageuse, cherchant sans relâche un consensus pertinent et incarnant la grandeur des idéaux intellectuel et humaniste, est totalement absente, voici mon frère, voici notre héros : Albert Camus. .. » Abd al Malik né en 1975 précise cette pensée et son actualité dans son ouvrage « Camus L’art de la révolte » comme dans ses témoignages sur youtube ou dans les émissions de TV

L’Absurde

« Constater l’absurdité de la vie ne peut-être une fin, mais seulement un commencement. Ce qui intéresse c’est les conséquences et les règles d’action qu’on en tire. » (Alger Républicain, 1938)

Au moment où nous sommes frappés de tous les côtés par les intégrismes : insupportables du côté des islamistes radicaux ; rampants dans le monde entier notamment aux Etats-Unis où les créationnistes promeuvent des lois d’enfermement… Partout dans le monde « la loi de Dieu » prime la « loi des Hommes » Même lors d’un récent périple au Vietnam nous avons pu constater que le pouvoir communiste favorise le retour de la religion (mixte de bouddhisme et de cultes des ancêtres) par des programmes de restauration intensive des temples…

Au secours, Albert Camus ! « Albert a prouvé par sa vie et par son œuvre que la tendresse, la bienveillance et l'humanité face à la barbarie et à la bêtise ne sont pas indignes d'un grand philosophe. ». Dans les morts connus (Charly hebdo), les innocents (Nice) il y avait des lecteurs de Camus ! Cruel pour le prix Nobel de littérature qui s’indignait en son temps des effets des attentats terroristes sur l’humanité !

J’ai particulièrement apprécié son texte « La crise de l’Homme » déjà cité. Ecrit en 1946 il retrouve une actualité extraordinaire 70 ans après !!! Pour cela il suffit de changer l’espace géographique et les protagonistes. Ce regard sur l’absurdité du monde actuelle débouchera-t-il sur une issue aussi « heureuse » que celle envisageait au lendemain de la dernière guerre mondiale ? « Oui, telle fut la grande leçon de ces années terribles : le tort fait à un étudiant de Prague regardait aussi l’ouvrier de la banlieue parisienne ; le sang versé sur les rives d’un fleuve d’Europe centrale pouvait pousser un fermier du Texas à verser le sien sur une terre inconnue de lui, dans les Ardennes. Cela aussi était absurde, insensé, presque impensable. Pourtant cette absurdité recelait une leçon : nous étions tous impliqués dans une même tragédie, où se trouvaient en jeu la dignité commune et une communauté des hommes qu’il était important de défendre et de renforcer. » (La crise de l’Homme, 1946)

« Ce monde en lui-même n’est pas raisonnable, c’est tout ce qu’on peut en dire. Mais ce qui est absurde, c’est la confrontation de cet irrationnel et de ce désir éperdu de clarté dont l’appel résonne au plus profond de l’homme. » (Le Mythe de Sisyphe, 1942) Les démocraties sont en danger, les élections américaines frisent l’absurde. Le monde est en danger les lumières des philosophes éclairés du XVIIIème siècle, les espoirs de construction d’une humanité meilleure au lendemain des dernières guerres (société des Nations, ONU, Europe…) s’effondrent. Allons-nous vers un nouvel Hiroshima ? Rappelons-nous inlassablement Camus :

« La paix est le seul combat qui vaille d’être mené. Ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison » (Editorial de Combat, 8 août 1945)

Au moment où des forces obscures souhaitent le rétablissement des frontières, des murs, y compris en Europe, en face de quel drame va-t-on se retrouver ? Ne serait-ce qu’au regard de l’amitié franco-allemande… Ne parlons pas des pays du Maghreb alors qu’avec le poète algérien Abdelmadjid Kaouah (né en 1954) on pourrait espérer : « viendra-t-il le jour où l’Algérie et la France revendiqueront ensemble leur Nobel (de littérature mais pourquoi pas, aussi, de la Paix, ajoutons nous), Albert Camus, cet enfant du pays algérien ? »

3/ Pour poursuivre

Plus que jamais en réalisant cette contribution je fais mienne cette pensée de Bakounine (auteur apprécié par Camus): « le but final de l’éducation ne devant être que celui de former des hommes libres et pleins de respect et d’amour pour la liberté d’autrui ». Les Philosophes, les moralistes nous aident, nous montrent le chemin !

Camus précise « Si je m’avançais à visage découvert, c’est que j’avais confiance dans la loyauté des autres. Cette confiance était excessive, je l’ai appris parfois à mes dépens. Il faut vivre à l’écart après avoir dit ce qu’on pensait, en laissant au temps le soin de faire la mise au point nécessaire » Sartre et Camus sont des monuments de notre littérature nationale… Ils sont universels et leurs pensées philosophiques nous accompagnent. Le propos de Sartre qui suit illustre ce respect sans doute mutuel qu’ils ont eu avant pendant et après leur « brouille » :

« Nous étions brouillés, lui et moi : une brouille, ce n’est rien, tout juste une autre manière de vivre ensemble et sans se perdre de vue dans le petit monde étroit qui nous est donné. Cela ne m’empêchait pas de penser à lui, de sentir son regard sur la page du livre, du journal qu’il lisait et de me dire : Qu’en est-il ? qu’en dit-il à ce moment ?  Il représentait en ce siècle, et contre l’histoire, l’héritier actuel de cette longue lignée de moralistes dont les œuvres constituent peut-être ce qu’il y a de plus original dans les lettres françaises. Son humanisme têtu, étroit et pur, austère et sensuel, livrait un combat douteux contre les événements massifs et difformes de ce temps. Mais, inversement, par l’opiniâtreté de ses refus, il réaffirmait, au cœur de notre époque, contre les machiavélistes, contre le veau d’or du réalisme, l’existence du fait moral ». (France-Observateur du 7 janvier 1960)

Une fois de plus cette contribution est « un arrêt sur image » Je débute de nouvelles approches de cet immense auteur qui, aux dires de Raphaël Einthoven, a produit « une œuvre qui se suffit à elle-même ! » Camus nous propose, résume-t-il, une réflexion constante, que j’adapte à l’issu de ce travail, entre :

-        l’absurde, la rencontre entre le silence et le sens pour la recherche inlassable de la liberté ; 

-        la révolte, la meilleure façon de vivre pour construire une égalité réelle et pas seulement égalitaire ; 

-        l’amour une reprise sans fin du réel, gage de cette nécessaire fraternité qui nous lie dans l’espace et le temps !

Quelques références sommaires

Livres

-        « Dictionnaire Albert Camus » sous la direction de Jean-Yves Guérin, Paris ed.Bouquins, Lafont, 2009, 992p.

-         

Documents ronéotés

-        CAMUS, Alain Behm, Roussillon (Isère) 38 p.

  • Principales œuvres présentées succinctement par Alain Behm : L’Envers et l’Endroit (1937) ; Noces (1939) ; L’Etranger (1942) ; Le Mythe de Sisyphe (1942) ; Caligula (1944) ; La Peste (1947) ; L’Homme révolté (1951) ; L’été (1954) ; La chute (1966) ; La Caida (1956) ; L’exil et le royaume (1957) ; le Premier homme (1994)

-        BOURGEOIS Henri, Albert Camus était-il Franc-maçon ? Grenoble (Isère), 2015, 11p.

 

Sitographies

-        A propos d’Albert Camus :

  • https://fr.wikipedia.org/wiki/Camus_(téléfilm)
  • https://www.youtube.com.watch ? Bibliothèque Médicis- Albert Camus
  • www.tv.replay.fr/biblio Maisonneuve-Camus, Estrosi, Kaplan, Abd El Maik 
  • https://youtube.com/watch ? Michel Onfray « l’ordre libertaire, la vie philosophique d’Albert Camus ».
  • https/ :www.le figaro.fr Lettre de la mère d’Albert Camus à Michel Onfray 
  • https://www.ahmedbensaada.com. Polémique ONFRAY.CAMUS. EL WATAN, Ahmed BENSAADA.    
  • o    https://lesmardisdelaphilo.com/.../première-conférence-de-raphael-enthoven-sur-albert...

 

Emissions de Télévision :

"Albert Camus, l'icône de la révolte", Fabrice Gardel et Mathieu Weschler, LCP,   4 janvier 2020 

« Les vies d’Albert Camus », Georges-Marc Benanou, France 3, 22 janvier 2020