12. févr., 2020

Du bonheur-Un voyage philosophique de Frédéric LENOIR

Aujourd’hui, comme toujours, le bonheur est un concept paradoxal… A en croire la vox populi, le monde en général, la France en particulier, seraient voués au malheur… Le malheur social, environnemental… serait consubstantiel à notre vie quotidienne… le bonheur une inaccessible étoile ? Suivant des philosophes contemporains comme Robert Misrahi (né en 1926) « la philosophie se consacre à des études formelles sur le langage et sur la connaissance, à moins que, se voulant concrète, elle ne se complaise parfois dans la description de ce qu’elle appelle le tragique. »

Frédéric Lenoir (né en 1962) nous convie à un voyage philosophique, d’Epicure (341/342 av. JC – 270 av. JC) à Compte Sponville (né en 1952), en s’attardant chez Montaigne (1533-1592), Spinoza (1632-1677), sans oublier Bouddha (environ VIème siècle av. JC) ou Tchouang-Tseu (environ 369-286 av. JC) ! Du coup nous empruntons un itinéraire dans le temps et les espaces qui nous entrainent à la rencontre aisée avec des philosophes bienveillants sur la question du bonheur. De plus nous bénéficions de nouveaux apprentissages pour étudier des philosophes qui nous font découvrir les voies de la sagesse… « Les deux objectifs visés par la sagesse stoïcienne (301 av. JC) sont la tranquillité de l’âme (ataraxia) et la liberté intérieure (autarkeia) ». Lors de ce périple nous découvrons  un poème de Lao-Tseu (milieu VIème siècle - milieu Vème siècle av. JC.) qui nous convie à la réflexion :

« Ce n’est pas ton œil qui pourrait le voir

Son nom est sans forme

Ce n’est pas ton ouïe qui pourrait l’entendre

Son nom est sans bruit

Ce n’est pas ta main qui pourrait le prendre

Son nom est sans corps

Triple qualité insondable

Et qui se fond dans l’unité »

Le bonheur ne se décrète pas, il se cherche dans un constant déséquilibre ! Dans cet ouvrage les références à Montaigne sont, de loin, les plus nombreuses. Je suis de ceux qui ont apprécié les travaux d’Antoine Compagnon (né en 1950) à propos  de l’œuvre de Montaigne qui souligne l’idée suivante : « une image dit son rapport au monde : celle de l’équitation, du cheval sur lequel le cavalier garde son équilibre, son assiette précaire. L’assiette voila le mot prononcé. Le monde bouge, je bouge : à moi de trouver mon assiette dans ce monde. » De Bouddha à Matthieu Ricard (né en 1946) il n’y a qu’un pas que Frédéric Lenoir franchit avec délectation… Nous l’avons constaté Les références philosophiques de l’auteur nous conduisent aussi sur les chemins de la méditation  pour « vibrer avec notre être profond ». En même temps, Au moment où la civilisation occidentale est bousculée, n’avons-nous pas obligation à retrouver, avec force et vigueur, la raison critique. Cette doctrine stoïcienne qui montrait déjà que : 1 : le monde est Un (matière, esprit, divin…) 2 : le monde est rationnel (logos) ; 3 : existence d’une causalité universelle fixant le destin de tous les individus ; 4 : en conséquence une nécessité d’adhérer à un ordre cosmique, l’acceptation de ce qui est…. Selon Frédéric Lenoir, suivons Epictète « n’attend pas que les événements arrivent comme tu le souhaites, décide de vouloir ce qui t’arrive et tu seras heureux. »

De belles pages sont proposées pour tenter de comprendre que le bonheur individuel et le bonheur collectif sont corrélés. Singulièrement, pour étayer ce propos,  Frédéric Lenoir s’appuie, également sur une étude sociologique conduite à l’Université d Harvard en 2008 auprès de 5000 individus. Suivant les résultats de cette recherche, la contagion du bonheur serait une réalité « chaque ami heureux augmente de 9% notre probabilité d’être heureux… tandis que chaque ami malheureux fait chuter notre capital de bonheur de 7% »… Le malheur est aussi contagieux !

Frédéric Lenoir prend partie, et, semble-t-il, soucieux de  rechercher le bonheur en s’appuyant sur ses acquis philosophiques. Il conclut ainsi cet ouvrage en se référant  au mot grec : eudaimôn, heureux se dit simplement eu (en accord) avec daimôn (génie, divinité). « être heureux pour les grecs signifie avant tout être en accord avec notre bon génie ou avec la part de divin qui est en nous. Je dirais : vibrer avec notre être profond » On l’a compris avec ce voyage philosophique,  Frédéric Lenoir nous invite à progresser même si notre destination est mouvante afin de répondre aux aspirations les plus profondes de notre être ! 

En conclusion je ne résiste pas à citer Albert Camus (1913-1960) : « Qu’est-ce que le bonheur sinon le simple accord entre un être et l’existence qu’il mène ? »