28. mars, 2020

Contre la peur - André COMTE-SPONVILLE

En cette période où se croisent les peurs individuelles et les peurs collectives, les philosophes peuvent-ils nous aider à conserver notre lucidité pour affronter les défis à venir pour notre société occidentale et, certainement, pour l’ensemble de la planète ?

Dans cet ouvrage écrit avant l’actuelle pandémie du Coronavirus, André Comte-Sponville (né en 1952) nous propose une méthodologie à visée philosophique pour « penser »  analyser cette crise… à partir d’événements effrayants, insupportables… « Cela guérit, parfois, de la déception comme de la peur. Le réel est à prendre ou à laisser. La philosophie aide à prendre. Mieux vaut penser que se lamenter. Mieux vaut agir que trembler. »

Pour cela le philosophe nous propose « cent Propos » construits selon le sens donné par le philosophe Alain (1868-1951) à ce mot. (Ce sont de courts articles, inspirés par l'actualité et les événements de la vie de tous les jours, au style concis et aux formules frappantes). Les chroniques proposées ici par Comte-Sponville ont été publiés, pour la plupart, dans la revue « Challenges » et dans la revue du « Monde des religions » depuis 2008. Dans ces Propos nous sommes face à une réflexion sur les faits et gestes de notre monde contemporain avec une double entrée : l’une à dominante économique et l’autre traitant de spiritualité. Pour lutter contre la peur, Comte-Sponville prend partie pour dissocier ce qui est de l’ordre individuel et de la demande collective afin de mieux gérer nos angoisses « …quand au bonheur individuel, chacun sait qu’il dépend moins de la richesse matérielle, tant qu’on est pas dans la misère, que de biens non marchands : la santé, la liberté, l’amour, la famille les relations sociales ou professionnelles, l’estime de soi, la reconnaissance, la culture, la sagesse ou la spiritualité… l’Etat dans ces domaines ne peut rien garantir. » selon la formule de l’activiste, écrivain, philosophe, Benjamin Constant (1767-1830) « Que l’Etat se borne à être juste, nous nous chargerons d’être heureux »

Le Propos : « Morale et Politique » nous invite à prendre des distances sur les affaires politiques récentes… cela est encore plus vrai face à l’épidémie du covid 19. Si notre action est éclairée par un ensemble de règles et de principes, pour autant, comment effectuer des choix éclairés par rapport à des sollicitations contradictoires.  Comte-Sponville propose : « … nous avons besoin de la politique –c'est-à-dire de nous tous, collectivement et conflictuellement organisés- pour combattre, ensemble, les causes objectives de malheur, pour la plupart qui dépend de nous : la misère, l’oppression, l’injustice, la violence l’insécurité, le racisme le fanatisme… »

A Tarbes lors des sessions de « Tarbes en Philo » nous avons eu la chance de recevoir successivement deux philosophes fortement opposés politiquement : Luc Ferry (né en 1951) et Alain Badiou (né en 1937) (cf site Reliance en Bigorre). Comte-Sponville souligne cette nécessité du débat intellectuel rappelant les « bagarres » entre Bergson (1849-1951) et Alain ; Aron (1905-1983) et Sartre (1905-1980) ; Revel (1924-2006) et Althusser (1918-1990)… car même si tout semble les opposer ce n’est pas parce que ces philosophes « manqueraient d’intelligence et de cœur ». De plus le philosophe s’interroge dans un autre Propos sur « Le Prix d’un homme ». Comment ne pas confondre économie et morale ? Vaste sujet «  tous les êtres humains sont égaux en droit et en dignité, mais point en compétence, en talent, en efficacité, en créativité, en responsabilité. » Et en même temps notre « terre-mère », autre propos, nous impose de nouvelles exigences humanistes qui feront appel à plus de science, de technique, de progrès « et non de ne je ne sais quelle nostalgie d’une nature prétendument maternelle qui déclenche aveuglément les tremblements de terre et les tsunamis », le Covid 19 pouvons-nous ajouter ! Par rapport à la croissance Comte-Sponville précise : « nous sommes des enfants avides. Ne comptons pas sur la croissance pour nous empêcher de grandir »

Ce bref exposé est une invitation à vous procurer cet ouvrage que l’on peut feuilleter à sa convenance pour approfondir l’un des sujets proposés dans une large palette concernant les faits et les idées qui secouent notre monde contemporain : de la crucifixion à la méditation ; du cannabis, aux miracles ; des tentations à la guerre juste ; de Bouddha au syndrome d’Astérix ; de Platon (Vème siècle av. JC) à la troïka…)…. « Pessimisme et optimisme » ce Propos souligne un credo collectif actuel : « la France va mal ». Trop de trop : chômage, tensions, haines, mensonges, illusions… et surtout trop de peurs ! Pour faire face, individuellement et collectivement, comment gérer cela, ici et maintenant : « le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de la volonté » une proposition formulée en son temps par le philosophe et théoricien politique italien Gramsci (1891-1937)!

Aujourd’hui on redécouvre violemment la question de la crainte de la mort : La plus grande des peurs ? Avant cette lecture sur cette question de la mort j’essayais de me situer entre deux écoles de pensées philosophique : Platon pour apprendre à mourir il faut philosopher et surtout Spinoza (1632-1677) qui nous convie à méditer sur la vie plus que sur la mort. Pour sa part Comte-Sponville nous suggère une phrase de Montaigne (1533-1592) au centre de que l’on peut, de mon point de vue, aisément s’approprier pour vaincre cette peur  : « Je veux qu’on agisse, et qu’on allonge les offices de la vie tant qu’on peut ; et la mort me trouve plantant mes choux, mais nonchalant d’elle, et encore plus de mon jardin imparfait » Comte-Sponville ajoute qu’il aime à relire cette phrase et même la réciter » comme on fait d’un poème ou d’un mantra. »