19. avr., 2021

Cyrano de Bergerac, Philosophe du XVIIème siècle ?

Mais qu’est-ce que va faire Georges Bringuier dans cette galère ? Ecrire la véritable histoire de Cyrano de Bergerac ! Dans le contenu de cet ouvrage on trouve une partie de la réponse. Molière (1622-1673) aurait emprunté cette formule à Cyrano de Bergerac, exprimée dans sa pièce paru en 1654 : « le Pédant joué ». La question culte « que va-t-il faire dans cette galère ? » se trouve dans la pièce « les fourberies de Scapin » parue en 1671. Savinien Cyrano de Bergerac fut un gentilhomme de son temps, touche à tout : homme d’épée et de duels, libertin, physicien, critique du monde de la sorcellerie et des travaux de Nostradamus (1503-1566), écrivain et polémiste… (Des textes écrits par Cyrano sont présentés en annexe)

Georges Bringuier nous entraine à la découverte de notre riche histoire de France dans une période troublée lors de la guerre de 30 ans (1618-1648) et la période de la Fronde (1648-1653). Un espace temps qui colle à la vie de  Savinien Cyrano de Bergerac (1619-1655). Des personnages illustres apparaissent au fil du récit : Richelieu (1585-1642), Mazarin (1602-1661)… Cyrano et d’Artagnan (1611/15 ?- 1673) se sont-ils rencontrés ? A la lecture de cette recherche érudite on comprend aisément que cette période ait inspiré Alexandre Dumas père pour écrire les « Trois mousquetaires ». Du coup, Georges Bringuier rend hommage à Edmond Rostand auteur de l’une des pièces les plus connues du répertoire théâtrale français « Cyrano de Bergerac » !

En son temps Alexandre Dumas père prévenait le lecteur qu’il s’était inspiré  d’un « apocryphe » d’un certain Gatien de Courtilz de Sandras relatant la vie d’un homme bien réel  Charles de Batz de Castelmore dit d’Artagnan. Toute proportion gardée, pour relater la véritable histoire de Cyrano de Bergerac, Georges Bringuier s’appuie sur les textes de Cyrano de Bergerac lui-même, de ceux de ses contemporains dont son ami Henry le Bret (1618-1710). Mais également dans la bibliographie jointe, on note la présence de nombreux chercheurs dont l’un des derniers, Jacques Prevot (né en 1937), écrivain et chercheur en littérature, est un spécialiste de l’œuvre de Savinien Cyrano de Bergerac.

Dans cet ouvrage Georges Bringuier ne renie pas ses racines scientifiques en citant léon Lederman (1922-2018) prix Nobel de physique en 1988 : « une attitude scientifique consiste à un questionnement. Celui-ci est à la base de la démocratie et de la lutte contre les intégrismes. Il n’existe pas de dogmatisme en sciences : la vérité de la parole n’a rien à voir avec celui qui l’énonce. ». Cyrano de Bergerac semble avoir eu conscience de cette question qui demeure d’une cruelle actualité. Savinien de Cyrano de Bergerac était un physicien qui distinguait les  connaissances premières : toucher, goût, odorat et même la perception des sons, de la lumière et des couleurs, des connaissances secondes et réfléchies qui contribuent à l’élaboration de théories…

Mais surtout l’auteur de ce livre, dans l’esprit déjà développé dans des ouvrages précédents (La liberté de penser et ses martyrs ; le flamboyant destin du chevalier de La Barre… entre autres), recherche en quoi Savinien Cyrano de Bergerac est un avant-gardiste pour promouvoir la « Liberté de penser ». Cyrano fut influencé par Descartes (1596-1650), certainement ; par Campanella (1568-1639), philosophe et, peut-être pourrions-nous dire aujourd’hui, politologue. Campanella développe des thèses de nature utopique, athéiste avec un art de la dissimulation… Savinien Cyrano de Bergerac sera surtout proche de Gassendi (1592-1655), mathématicien, philosophe, théologien et astronome… qui a travaillé avec Pierre de Fermat (1601-1665) décédé à Castres et honoré à Toulouse. Cyrano est mort trop jeune, à 36 ans, ce qui ne lui a pas permis de devenir un grand auteur du XVII ème siècle. Pour les exégètes de son œuvre il ne fait aucun doute que Cyrano ne croit ni en Dieu ni en l’immortalité de l’âme, une « sacrée audace à cette époque » ! « Cyrano est assurément le premier philosophe athée et même libertin en avance sur son temps. » De plus nous dit Georges Bringuier : « Cyrano clame haut et fort son indépendance intellectuelle : « je ne défère à l’autorité de personne, si elle n’est accompagnée de raison… Ni le nom d’Aristote plus savant que moi, ni celui de Platon… ne me persuadent point si mon jugement m’est convaincu par raison de ce qu’ils disent »… sans l’entêtement d’un sot… si on lui démontre qu’il a tort « par des raisonnements plus forts et plus pressants que les siens. » 

Si, selon l’éditeur cet ouvrage se lit comme un roman, pour moi l’intrigue est bien plus un appel à une réflexion historique et philosophique à partir de la vie et de l’œuvre d’un personnage mythifié. Nous entrons par la grande porte dans le XVIIème siècle, avec une visée scientifique, pour découvrir l’environnement intellectuel dans lesquels les héros de notre enfance ont évolué : d’Artagnan et « les Trois mousquetaires » entre 1625 et 1675 d’une part… le « Capitaine Fracasse » (roman de Théophile Gautier)  entre 1637 et 1643 d’autre part…