5. avr., 2022

Le bonheur à Tarbes en philo

Le bonheur à Tarbes en Philo

Ce premier week-end d’avril 2022, l’association tarbaise « Reliance en Bigorre » a organisé, avec succès, son 5ème événement annuel philosophique sur  le thème « Il est où le bonheur, il est où ? » Pour reprendre les propos de la présidente Rose-Marie Chevalier « notre capacité à être heureux   est une injonction difficile dans cette époque lourde d’angoisses, de drames ». Le point de vue qui suit est partiel et partial : un reflet synthétique daté et personnel. Participant assidu aux cafés philos et aux différentes sessions de « Tarbes en philo », j’ai particulièrement apprécié le "café philo" animé par Michel Tozzi, la conférence de Frédéric Lenoir « le bonheur ça s’apprend ». Malheureusement je n’ai pas pu suivre l’ensemble de la manifestation. Par contre, j’avais visité avec beaucoup d’intérêts et de plaisirs l’exposition de peintures, dessins et sculptures sur le thème du bonheur à l’office de tourisme de Tarbes souscrivant, au passage, au mot de Stendhal « la beauté est une promesse de bonheur » 

1/ Ce que j’ai retenu… pêle-mêle :

-       Le bonheur est avant tout un rapport de soi à soi de d’ordre du psychisme en lien avec « les forces de l’esprit ! », un « moment » de parfaite harmonie (cosmos) avec soi et les autres…

-       Le bonheur différent : du plaisir qui est d’ordre plus physiologique ; de la joie qui est de nature momentanée, éphémère…

-       Le bonheur se trouve du côté de la pulsion de vie. En même temps pour apprécier le bonheur ne faut-il pas avoir connu le malheur et avoir appris à le « dominer »…

-       Le bonheur toujours entre deux extrêmes afin  de réconcilier les contraires : Joie/Tristesse ; ying/yang ; qualité/quantité ; conscient/inconscient ; droit/devoir ;

-       égoïsme/altruisme ; inné/acquis ; rationnel/irrationnel ; mortalité/immortalité ; engouement/déception…

-       Les philosophes cités tout au long de ces rencontres par les intervenants présents à ces journées  ont été SPINOZA et NIETZCHE, Platon, Aristote, Montaigne, Rousseau (par rapport à la nature…), Rosset…

-       Enfin le bonheur « ça se construit » avec les apports scientifiques plus récents des psychanalystes (Freud, Jung…) et des neuropsychiatres (Boris Cyrulnik…) 

-       Dans son propos Frédéric Lenoir nous propose une grille d’analyse en partant de trois causes à explorer qui, selon lui, conditionnent la recherche du bonheur !

  • 10% de causes extérieures même si celles-ci sont plus prégnantes dans la société française trop soumises aux influences médiatiques qui véhiculent le malheur…
  • 50% de génétique ou, dit plus simplement, de chance…
  • 40% de choix… D’aucuns estiment que certaines personnes effectuent les mauvais choix qui les conduisent souvent dans le pire… D’autres, au contraire, effectuent les bons choix et suivant la vox populi « font, (toujours !) les bons choix »

2/ Un message sur le bonheur « qui tombe à pic »

Un ami tarbais actuellement exilé professionnellement en Indonésie aurait souhaité être présent à cette session. Il m’a envoyé une contribution basée sur des études scientifiques à partir d’un ouvrage de Jonathan Rauch (né en 1960) « The happiness curve – Why life better after go - ». Une thèse qui montre, en substance, que le niveau d’accès au bonheur est très élevé jusqu’à 18 ans. Puis pour des raisons liées à l’accès à une vie professionnelle, sociale, familiale on assiste à un « effondrement » de cet accès au bonheur jusqu’à  l’âge de 47 ans (âge vérifié scientifiquement !) Enfin dans un troisième temps une nouvelle envie d’accéder    au bonheur. Jonathan Rauch est un contemporain de Frédéric Lenoir. Ce dernier, lors de son intervention, a fait allusion aux travaux de son homologue américain, me semble-t-il, singulièrement lorsqu’il a abordé la question de la mortalité et donc de la vie. Frédéric Lenoir a souligné les aides apportées par les croyances ou non en l’au-delà, les allusions aux forces de l’esprit. Dans un cas comme dans l’autre des façons de  nourrir le présent et/ou le compléter pour atteindre un autre monde ! L’inaccessible étoile qu’est le bonheur ! Le bonheur peut-il rayonner ?

« Plus on vieillit plus on devient sage » suivant de nombreux dictons, africains entre autres. L’accès à la philosophie dès le plus jeune âge peut-il être un outil nécessaire et fondamental pour poursuivre ces recherches de la sagesse jusqu’à la fin d’une vie ? Apprendre tout au long de son existence pour rester jeune ; être philosophe pour ne pas subir les effets mercantiles, socio-économiques du « désirer toujours plus ». En même temps, apprendre à se distancier, à mesurer les faits idées, actes qui nous entourent sachant que plus on apprend moins on sait : d’où cette nécessité de rester l’esprit alerte pour continuer à se former, s’informer en toute conscience ! 

Concernant les choix, comme Jonathan Rauch,  Frédéric Lenoir nous invite à ne pas succomber au désir mimétique de continuer inlassablement à « faire, vivre, pratiquer » en restant autonome, libre ! 

3/ Petits Bonheurs/Grands Malheurs

Au moment de rédiger ce texte je me trouve, comme beaucoup, devant une injonction paradoxale. En sortant de la conférence de Frédéric Lenoir, le soir même, la nuit et le lendemain matin, la chanson de Félix Leclerc ne quittait pas mon cerveau. Le chant, « Le petit bonheur »,  m’a accompagné pendant tout le week-end ! En même temps, via les médias, je fus témoin du malheur incommensurable qui frappe nos amis ukrainiens à partir de ces crimes de guerre vécus en direct ! Du coup je suis retourné consulter le texte de Félix Leclerc qui n’est pas particulièrement joyeux sur le contenu des paroles, contrairement à ce que la mélodie   laisse présager. La dernière phrase de ce poème : « Je fais un grand détour ou bien je me ferme les yeux » est illustratif des comportements que nous avons individuellement et collectivement face aux bonheurs des autres, face à son propre bonheur !

Cette réflexion croisée « bonheur/malheur » nous renvoie également à la période vécue pendant la pandémie. Nous ne sommes pas égaux devant la question de la gestion d’un grand malheur qui laisse peu de place à la recherche de petits bonheurs… Es-ce le retour des animaux au cœur des villes, le gazouillement des oiseaux, la possibilité d’écouter le silence, l’appréciation de la pureté retrouvée de l’air… tous ces  petits bonheurs qui nous ont imprégné furtivement ? Comment sommes nous rester insensibles aux décès et deuils non assumés, aux effets économiques désastreux, aux surcharges de travail pour certains, au vécu de familles entassées dans de petits appartements ? Ais-je effectuer « un grand détour ou fermer les yeux » pour conjurer ces grands malheurs et me satisfaire de petits bonheurs ?

Entre petits bonheurs et grands malheurs, où se trouve notre liberté d’accéder au bonheur ? Selon Marcel Proust,  cité par Rose-Marie Chevalier, « On ne connait pas son bonheur. On est jamais aussi malheureux qu’on croit ». Retour  aux trois causes qui fondent notre accès au bonheur : Il est avant tout en nous. Comment mobiliser intelligemment, en toutes circonstances, les outils moraux, intellectuels qui nous permettent de choisir librement ? Oui il est possible d’agir même  modestement (aides humanitaires, votes citoyens..) pour se procurer de petits bonheurs afin de soutenir nos congénères. Pour reprendre les propos de Boris Cyrulnik « nous possédons des outils pour agir sur le réel qui agit sur nous » car le bonheur n’est-il pas avant tout «  ce degré de liberté donc de responsabilité » y compris dans les moments les plus tragiques…

 En conclusion,  une fois de plus ne peut-on pas estimer que le bonheur est une forme de sérénité acquise avec les Philosophes ? Nous nous inscrivons également dans les pas des philosophes grecs : l’agapè, cet amour platonique désintéressé, universel qui complète l’amour physique (Eros)  l’amour réciproque ; l’amitié (Philip) ; l’amour de soi (Filoutai) et l’amour familial (Storage). Le bonheur, une valse à 3 temps pour : Observer objectivement notre vécu ; en Comprendre et apprécier les points positifs ; Vivre le plus sereinement possible le temps présent…  « Puisse chacun avoir la chance de trouver justement la conception de la vie qui lui permet de réaliser son maximum de bonheur. » Nietzche.